Min Jung-Yeon, l’art de la réconciliation.

First written in french, english version is following.

Etre artiste ce n’était pas une décision, j’ai une activité créative quotidienne depuis que je suis toute petite. Je ne me suis même pas posée la question de devenir autre chose, c’était dans les veines. Après je dirais que ma première oeuvre remonte à 2003, quand j’étais en fin d’études aux Beaux-Arts de Paris. Parce que j’ai eu le sentiment de pouvoir communiquer quelque chose aux autres, et que je dépassais le cadre de ma vie quotidienne ou de  la thérapie du moi, de la recherche d’identité . Bref j’agrandissais mon territoire.

Min Jung-Yeon  est née en 1979 à Gwangju, République de Corée.
Elle a grandi dans la campagne sud-coréenne où dès le plus jeune âge elle s’est immergée dans la nature. En 1997, elle part à Séoul pour se former aux arts plastiques à l’Université Hongik. Après ses études, elle éprouve le besoin de se confronter à d’autres modes de pensée ; Min Jung-Yeon quitte la Corée pour intégrer les Beaux-Arts de Paris et l’atelier de Jean-Michel Alberola,  dont elle sort diplômée en 2006. Depuis, installée en France,  à Toulon, elle poursuit une œuvre empreinte de tensions,  comme son pays d’origine la Corée contemporaine toujours coupée en deux, qu’elle réconcilie par son art. En 2019, le Musée national des arts asiatiques – Guimet (Paris) lui offre une carte blanche.  Exposée régulièrement en Asie et en Europe depuis 2004, elle collabore avec la Galerie Maria Lund à Paris depuis 2010 qui lui consacre une exposition monographique du 13 Mars au 9 Mai 2020. 

Oui au Musée Guimet en plus de mon installation j’ai souhaité présenter la collection de mon père, ses pierres de lettrés. Elles ont joué un rôle important dans mon parcours. Enfant j’allais les chercher avec lui le week-end, comme une chasse au trésor. Il m’a appris comment les voir, les choisir, de quelle façon on peut définir la beauté, celle qu’on ne fait pas mais que l’on cherche. C’est la philosophie de cette collection qui reste importante pour moi aujourd’hui.

Cette pensée s’inspire du taoïsme, qui d’ailleurs à la différence du Confucianisme, pose une égalité totale entre l’homme et la femme. Dans cette philosophie on cherche un élément extérieur, en l’occurence la pierre, pour compléter un intérieur, et donc démolir la séparation entre les deux. C’est ce que j’essaie aussi de faire dans mon travail entre la 2D et la 3D, ou le miroir comme la pierre démolit la séparation entre les deux, les réconcilie. Le but de la réconciliation c’est de trouver l’harmonie à plusieurs niveaux. Dans mon travail j’utilise le contraste, la tension en gardant et acceptant les différences sans les mélanger : le réel et l’irrationnel, le figuratif et non figuratif, dessin au crayon papier et acrylique dilué, 2D et 3D, et dernièrement la fulgurance ou la  violence du geste et la douceur. 

Tu m’interroges sur la présence de plumes dessinées dans mon travail.  L’oiseau en Asie est le médium entre la terre et le ciel. Selon le rituel funéraire chamanique coréen, il nettoie la route pour l’esprit de la mort afin qu’il puisse passer au ciel. Je garde un souvenir d’enfance où j’ai vu cette femme chamane danser avec un costume blanc en plumes, les plumes n’étaient pas réelles mais découpées dans du papier blanc, elle devenait un pur objet abstrait. Dans mon travail c’est comme si avec ces dessins de plumes je purifiais l’espace que j’ai longtemps vécu comme obscur.  

Dans le taoïsme, dans le livre de Zhuāngzǐ de Tchouang Tseu, il y a un poisson qui voulait devenir un oiseau pour pouvoir s’envoler. Il a pris beaucoup de temps pour transformer chacune de ses écailles en plumes. Mais il était tellement gros qu’il n’avait plus assez de place sur terre pour pouvoir décoller, comme dans le poème L’Albatros de Baudelaire. Il attendait l’aide d’une tempête pour y parvenir, il était Yin il voulait devenir Yang. C’est toujours des histoires de circulation d’énergie  entre les deux pôles , entre la joie et la douleur aussi. En même temps, tu es les deux, comme chaque être est homme et femme à la fois. Comme l’oiseau est énorme, tu ne vois pas la totalité, un peu comme les rhizomes de Deleuze, la forme s’auto-génère et on ne sait pas où elle commence et où elle s’arrête. C’est cette sensation que j’ai voulu faire partager au Musée Guimet.

Maintenant j’arrive à revenir au geste de ma culture initiale, sa  force, la légèreté et l’importance du vide. Ma mère était calligraphe, petite j’ai beaucoup pratiqué en m’amusant avec elle. Plus tard j’ai été fascinée par la précision et l’hyper réalisme de certaines peintures à l’huile européenne. Le peintre qui m’inspire le plus , et qui est très différent de moi c’est Francis Bacon. J’avais lu une interview de lui où le journaliste lui demandait pourquoi il avait voulu faire un pape horrible, Bacon avait répondu que lui le trouvait sublime. Je trouve cela très juste comme remarque et ça s’applique aussi à mon travail. Je partage aussi sa vision de la peinture où il démolit la différence entre l’espace et le figure, pour créer le « figural». Je cherche aussi le côté figural dans mon travail.

A l’avenir, je suis en train de mijoter des projets avec la musique et la danse contemporaines. Collaborer avec d’autres artistes crée une autre énergie, une nouvelle harmonie.

Interview réalisée par Valentine Meyer le 13 Mars, à la Galerie Maria Lund. https://marialund.com/fr/exposition-min-jung-yeon-laube-apres-la-nuit/

Min Jung-Yeon, the art of differences and reconciliation

“Being an artist wasn’t a decision; I have been artistically active since I was a child. I did not even ask myself if I wanted to become something else, it ran in my blood. I would say that my first artwork dates back to 2003, when I was finishing my studies at the Beaux-Arts in Paris. Because I had the feeling to be able to communicate something to others and that I outgrew the frame of my everyday life or of self-therapy, identity searching. In short, I was expanding my territory.”

Min Jung-Yeon was born in 1979 in Gwangju, Republic of Korea. She grew up in the South-Korean countryside where, from a very young age, she started observing and immersing herself in the surrounding nature. In 1997, she moved to Seoul to study fine art at the Hongik University. After her studies, she felt the need to confront herself with different ways of thinking; Min Jung-Yeon left Korea to attend the Fine Arts Academy in Paris (ENSBA) and the studio of Jean-Michel Alberola, which she graduated from in 2006. Since then, the artist has lived in France, in Toulon, and continues to create a body of work marked by tensions, mirroring her native country, contemporary Korea, still split in two, which she reconcilesthrough her art.

In 2019, the Musée National des arts asiatiques – Guimet (the National Museum of Asian Art, Paris) offered her a “carte blanche”. Regularly exhibited in Asia and in Europe since 2004, she has been collaborating since 2010 with the Galerie Maria Lund, which is presenting a monographic exhibition of her work from March 13th to May 9th 2020.

“Yes, at the Musée Guimet, in addition to my installation, I wanted to present my father’s collection of scholar rocks. They have played an important role in my career. As a child, I would go pick them with him on weekends, like a treasure hunt. He taught me how to see them, choose them, how to define beauty, the one that cannot be achieved but can be sought. It is the philosophy behind the collection that remains important to me today. This way of thinking draws inspiration from Taoism, which contrary to Confucianism, claims total equality between men and women. In this philosophy, one looks for an exterior element, here the rock, to complete an interior, and thus demolish the separation between the two. That is also what I try to do in my work between 2D and 3D, where the mirror, just like the rock, breaks the separation between the two, brings them to reconcile.

The aim of reconciliation is to find harmony on several levels. In my work, I use the contrast, the tension, by keeping and accepting differences without blending them together: the real and the irrational, the figurative and non-figurative, pencil drawing and diluted acrylic, 2D and 3D and recently the swiftness or violence of gesture as opposed to softness.

You just asked me about the presence of drawn feathers in my work. In Asia, birds are the vehicles between the heavens and earth. According to the Korean shamanic funerary rite, it clears the way for the spirit of death to be able to reach the sky. I still remember when, as a child, I saw this Shaman woman in a white costume made of feathers dancing, the feathers were not real but cut-out from white paper.She resembled a pure abstract object. In my work, it is as if I purified the space I often experienced as dark with my feather drawings. In Taoism, in the Zhuāngzǐ Book by Tchouang Tseu, there is a fish that wanted to become a bird, to fly away. It took the fish a lot of time to transform each of its scales into feathers. But it was so big that it didn’t have enough space on Earth to be able to fly off, like in Baudelaire’s poem, The Albatross. It waited for a tempest to help it do it, it was Yin and wanted to become Yang. There are always stories about energy circulation between the two poles, between joy and pain also. At the same time, we are both, just like every being is both man and woman. Because the bird is huge, we don’t see the totality, a bit like Deleuze’s rhizomes, the form self-generates and one doesn’t know where it starts and where it ends. It’s this sensation I wanted to share at the Musée Guimet.

Now I am able to go back to the gesture of my initial culture, its power, lightness and the importance of the void. My mother was a calligrapher; I had a lot of fun practicing with her when I was little. Later on, I was fascinated by the precision and the hyperrealism of certain European oil paintings. The painter that inspires me the most and who is very different from me is Francis Bacon. I read an interview of him where the journalist asked him why he had wanted to do a horrible pope, Bacon answered that he found him sublime. I find that remark very pertinent and it applies to my work as well. I also share his vision of painting where he destroys the difference between space and figure, to create the “figural”. I am also looking for the figural in my work.

In the future, I am planning projects with contemporary music and dance. Collaborating with other artists creates a new energy, a new harmony.”

Conversation with Valentine Meyer, March 13th 2020 at the Galerie Maria Lund. https://marialund.com/en/artists/min-jung-yeon/

Translated from French by Jessica Watson

Audrey Hoareau, la photo engagée

First written in french, english version is following

 » Le monde de l’art n’était pas mon monde d’origine. Je l’ai découvert seule, petit à petit. La culture et l’art c’est une passion, et pas uniquement que la photographie d’ailleurs. Mais je suis originaire de Bourgogne et le Musée Nicéphore Niepce était le lieu où j’adorais passer. Y travailler c’était un rêve. Au début là-bas, j’étais assez polyvalente. Et puis je me suis rendue compte que c’était tout ce qui se rapportait aux expositions qui m’intéressait le plus : la recherche, l’étude, la conception, le scénario et la narration d’une histoire, le rapport aux artistes vivants, jeunes ou confirmés. »

Audrey Hoareau débute sa carrière dans les collections du Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône de 2003 à 2016. Indépendante depuis 2016, elle concentre son activité sur la mise en place de projets photographiques, la gestion d’archives pour les photographes et la collaboration avec des galeries et des institutions. Elle a fondé et dirigé avec François Cheval : The Red Eye, une plateforme porteuse de projets internationaux consacrés à la photographie. Elle contribue au lancement du Lianzhou Museum of Photography , premier musée public dédié à la photographie en Chine, et travaille depuis sur sa programmation internationale. En 2020 elle est la curatrice du Festival Circulations, dédiée ä la jeune création européenne, et sera la directrice artistique de la prochaine édition de Photo Basel, foire satellite d’Art Basel consacrée à la photographie.

Pour cette dixième édition de Circulations, on ressent vraiment la nécessité d’engagement de l’ensemble des artistes à différents niveaux. Le travail d’Anton Shebetkov (cf photo ci-contre) présente la persécution des gays en Ukraine qui les oblige à se cacher; Margaux Senlis s’empare avec poésie du problème des mines anti-personnelles au Cambodge et au Laos, Maxime Franch redonne de la visibilité aux SDF et Weronika Perlowska met en scène la colère des femmes. Effectivement Audrey Hoareau en guise de texte d’introduction choisit cette phrase du poète John Milton (1608-1674) :  » Les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle. »

« Ce qui a peut-être le plus évolué ces dix dernières années dans la photographie contemporaine, c’est la forme ou plutôt la multiplicité des formes. On part de la photo et on glisse vers l’art contemporain. L’image est manipulée, on en choisit un extrait dans un flux, on compose, parfois même on la performe avec un geste final qui comme celui d’Anton Shebeko va jusqu’à la déchirure.

Weronika Perlowska Anger Detracts from her Beauty

Donc pour faire une bonne image, la photo seule ne suffit plus. Cela demande une bonne intention, un bon sujet. La photographie est simplement un outil pour créer une oeuvre. Comme si je devais qualifier le pinceau alors qu’il faut voir la peinture. Je conseille d’ailleurs les écrits d’Allan Sekula pour comprendre la photographie contemporaine. C’est un classique selon moi, en plus écrit par un grand artiste. Et puis à un jeune photographe qui veut s’insérer dans le milieu, je conseillerai d’aller à la rencontre des gens, des travaux, de pousser les portes, de participer à des workshops, à la lecture de portfolios. Pas uniquement sur les réseaux sociaux, même si je trouve que Linkedin est très utile.

Margaux Senlis UXO

Je ne suis pas contre les réseaux sociaux, ce serait ridicule. Selon moi, c’est aussi un liant social, et j’ai envie de croire à leur faculté d’unir les gens. Après comme tous les outils, cela dépend de ce que nous en faisons. Et là on doit responsabiliser les gens, notamment les jeunes générations. C’est intéressant à ce titre de voir comment de jeunes artistes s’en emparent. Je pense à Norman Berhrendt qui retraite des images de partis extrémistes allemands, qu’il a prises sur Youtube et Facebook , pour recréer une nouvelle grille d’images et donc de lecture. Chiara Caterina confronte dans son installation via de multiples écrans d’Ipad, deux types d’archives, celles de ses photos personnelles, et celles générées à partir de là par différents moteurs de recherche sur internet (images, textes, sons et vidéos). Il s’agit de voir comment les algorithmes répondent à l’intime et comment une nouvelle vie est offerte ou pas à ces archives personnelles via le World Wide Web.

Après avoir travaillé en Chine et en Europe, je pense qu’il reste des spécificités nationales dans la photographie contemporaine, notamment en Europe de l’Est, tant dans leurs sujets, héritiers de l’ère soviétique que dans leur forme. En Suisse on reconnait l’influence de l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne). En Chine, les artistes sont très fins. Confrontés à la censure, cela impacte leurs façons de s’exprimer. Il s’agit de détourner un problème en étant moins frontal et plus subtil.

En revanche en terme de tabous, je remarque que la mort n’en n’est plus un, nulle part. Ainsi le jeune Bielorusse Ihar Hancharuk montre dans sa série Pré-mortem, le marquage des emplacements des futures tombes, et la représentation de la mort dans son pays.

Ihar Hancharuk, Pre-mortem

Quand à mes envies et projets, là je vais attaquer Photo Basel dont je suis la directrice artistique. C’est à dire que je participe à la sélection et à l’accrochage des stands des galeries et que je m’occupe également des espaces curatés, consacrés aux jeunes talents, au vintage et aux pièces uniques. Sans compter qu’avec le coronavirus, on essaie d’inventer une nouvelle expérience de la foire; on pourra en reparler bientôt. »

Interview réalisée par Valentine Meyer le 12 Mars 2020 au 104, Paris.

Audrey Hoareau, the picture engaged.

« The art world was not my original world. I discovered it by myself, step by step. Culture and art is a passion, and not just photography. But I am from Burgundy and the Nicéphore Niepce Museum was the place where I loved to be. Working there was a dream. When I did got hired, my job was multi-faceted. I then realized that it was all that related to the exhibitions that interested me most: the research, the study, the conception, the scenario and the narration of a story, the relationship to living artists, young or confirmed.”

Audrey Hoareau began her career in the collections of the Musée Nicéphore Niépce in Chalon-sur-Saône from 2003 to 2016. Independent since 2016, she focuses her activities on the implementation of photographic projects, the management of archives for photographers and collaboration with galleries and institutions. She founded and directed with François Cheval: The Red Eye, a platform carrying international projects dedicated to photography. She helped launch the Lianzhou Museum of Photography, the first public museum dedicated to photography in China, and has since worked on its international programming. In 2020 she is the curator of the Circulations Festival, dedicated to the young European creative scene, and will be the artistic director of the next edition of Photo Basel, Art Basel’s satellite photography fair.

For the tenth edition of Circulations, one can really feel the need to engage all artists at different levels. Anton Shebetkov’s work (see photo on the right) shows the persecution of gays in Ukraine forcing them to hide; Margaux Senlis poetically grasps the problem of landmines in Cambodia and Laos; Maxime French gives visibility to the homeless and Weronika Perlowska stages the anger of women. Indeed Audrey Hoareau, as an introductory text, chose this phrase of the poet John Milton (1608-1674): “They who have put out the people’s eyes reproach them of their blindness.”

What has perhaps evolved most in contemporary photography in the last ten years is the form or rather the multiplicity of forms. It starts from the photo to slide into contemporary art. The image is manipulated, chosen from a stream, it’s composed, sometimes even performed with a final gesture such as Anton Shebeko which goes as far as the tear.

To make a good image, the photo alone is not enough anymore. It requires a good intention, a good subject. Photography is simply a tool to create a piece of work. As if I had to qualify the brush when you have to see the painting. I also advise the writings of Allan Sekula to understand contemporary photography. And then to a young photographer who wants to be part of the community, I will advise to go to meet people, to work, to push the doors, to participate in workshops, to read portfolios. Not only on social networks, although I find Linkedin very useful.

I’m not against social media, that would be ridiculous. In my opinion, it brings people together and has the ability to unite people. After all, it all depends on what we do with tools. And then we have to empower people, especially the younger generations. It’s interesting to see how young artists use it. I think of Norman Berhrendt, who has taken pictures of German extremist parties, which he has taken on Youtube and Facebook, to recreate a new grid of images and therefore a new reading. Chiara Caterina confronts two types of archives in a multiple iPad installation: those of her personal photos and those generated from it by different search engines on the internet (images, texts, sounds and videos). It is a about understanding how algorithms respond to the intimate and how a new life is possible, or not, on the World Wide Web for these personal archives.

Having worked in China and Europe, I think there are national specificities in contemporary photography, especially in Eastern Europe, both in their subjects, heirs of the Soviet era and in their form. In Switzerland, one can recognize the influence of ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne). In China, the artists are very fine. Faced with censorship, their ways of expressing themselves is impacted. It is about diverting a problem by being less frontal. On the other hand, in terms of taboos, I notice that death is no longer one, nowhere. The young Byleorussia Ihar Hancharuk shows in his Pre-mortem series, the marking of future graves’ locations, and the representation of death in his country.

As for my desires and projects, I will kick off Photo Basel as the artistic director. That is to say that I participate in the selection and hanging of the stands of the galleries and I also manage the curated spaces, dedicated to young talents, vintage and unique pieces. Besides, with the coronavirus, we try to invent a new experience of the fair; we can talk about it again soon.

Interview conducted by Valentine Meyer on March 12, 2020 at 104, Paris.

Interview 1 : Nicolas Daubannes, la vie augmentée

« J’ai choisi de devenir artiste, ce n’était pas une vocation mais une décision. Je refusais d’entrer dans le monde du travail. Aux Abattoirs à Toulouse, j’ai visité une exposition de Joël Hubaut. J’ai rencontré son travail d’artiste et compris qu’il arrivait à en vivre. Alors pourquoi pas moi ? Cela me donnait un espace de liberté d’expression dont j’ai besoin pour mes propositions et que je ne trouvais pas ailleurs. »

Très vite, après cette première décision, il décide de se tourner vers les autres, ceux qui connaissent des accidents de parcours, et de travailler en collaboration avec eux. Il choisit de commencer par faire des ateliers avec des adolescents en prison. Première expérience fondatrice qui donnera Pays de Cocagne (2010). Il construit pour les mineurs incarcérés une grosse boite noire en carton, une espèce de cabane. Puis il donne aux participants de l’argile pour fabriquer un objet  qui leur permettrait de se mettre en scene, de s’exprimer devant une caméra à l’intérieur de la cabane où ils peuvent échapper au regard des gardiens et des caméras de surveillance. Une fois le projet finalisé, il eut quelques petits problèmes avec l’administration qui a jugé ces objets en terre trop violents et pas assez dans un esprit de reinsertion; les jeunes avaient fabriqués des armes. 

Surtout connu pour ses dessins à la limaille de fer (qu’on pourrait imaginer provenant de barreaux limés) sur support aimanté, représentant des prisons, leurs architectures et leur plans, il continue depuis 10 ans à travailler en résidence avec des détenus en établissement pénitencier : Mulhouse, Nice, Nimes, Béziers, Perpignan, Tasmanie …Il a fait de sa voiture, sa chambre connectée sur GPS.

Plutôt que de se regarder le nombril, il trouve plus intéressant d’aller rencontrer  des spécialistes d’une situation donnée, en l’occurence le milieu carcéral avec ses contraintes, ses névroses et ses empêchements pour voir les actions mises à l’oeuvre pour tenir, ne pas casser, s’inventer des solutions pour une vie meilleure.  Et ce qui est imaginé en prison peut aussi être source d’inspiration pour l’ensemble des individus dans une société très normalisante sur laquelle se heurtent les aspirations individuelles.

Comment garder le désir, la dignité ? Comment  résister,  construire et se reconstruire ?

C’est aussi ce dont il est aussi question avec cette première exposition monographique à Paris au Palais de Tokyo. A noter que son travail  avait déjà été repéré et exposé par la maison Salvan à Labège, par la Chapelle St Jacques St Gaudens, au Centre d’art le Lait d Albi ou encore à Licence III à Perpignan.

L’huile et l’eau,  fonctionne un peu comme une scène de théâtre façon Maiakovski  avec certains éléments de scénographie propres au vocabulaire de Nicolas Daubanes, les dessins à la limaille de fer qui semblent se liquéfier,  il s’agit de l’Hotel de Ville de Paris incendié pendant la commune (1871)  et du Ministère des Finances .

Avec le béton attaqué par du sucre,  il reprend à son compte la poétique du geste vain des résistants, ces gestes qui génèrent une évasion au moins pour l’esprit. Et puis des nouveautés sont présentées avec cette curieuse greffe d’un frigo Carte D’Or dont on ne sait pas trop si elle permet à l’objet d’être tenu ou de casser;  et cette collaboration avec le rappeur marseillais Akhenaton, choisi comme porte-voix. Il prête la sienne pour incarner ce projet axé sur l’insurrection collective et individuelle, avec des textes choisis avec l’artiste, exprimant l’expérience de vie de femmes et d’hommes confrontés à des contraintes et les ressources de vie inventées pour ouvrir de nouveaux possibles. 

Quand on lui demande ses envies et ses projets futurs , il nous parle d’une résidence en prison sur une ile en Norvège où les détenus sont en libre parcours et vivent dans une ferme. Et puis de continuer à raconter l’Histoire, des histoires portées aussi par la voix, pourquoi pas sous une forme de théâtre-rap.

Nicolas Daubanes est né en 1983. Il vit et travaille à Marseille. Lauréat du Prix des Amis du Palais de Tokyo, il y bénéficie d’une exposition monographique L’huile et l’eau. Il est représenté par la Galerie Maubert qui lui accordera un Focus lors de la prochaine édition de Drawing Now. https://galeriemaubert.com/

Interview réalisée par Valentine Meyer le 18 février 2020 au Palais de Tokyo.

Présentation personnelle

First written in french, english version is following.

Mettant à profit mes 10 années passées à faire fructifier des multinationales et les 10 autres à travailler dans l’art de vivre et l’art contemporain, j’ai la chance de travailler pour les meilleurs, des pionniers dans leur domaine dont l’excellence est reconnue par leurs pairs, du photographe et directeur artistique Peter Knapp au chef Alain Passard, en passant par les grands collectionneurs d’art contemporain Tommaso et Giuliana Setari et Uli Sigg.

Membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA), je suis diplômée d’un master de finance et marketing (Paris IX Dauphine), d’une maîtrise d histoire de l’art (Paris I Sorbonne) et d’un 3ème cycle “Master Curating Exhibitions” de la Haute Ecole des Arts de Zürich (ZhdK), où j’ai eu comme mentors Beatrix Ruf et Heike Munder.

Après avoir travaillé 10 ans avec succès et fait gagner de l’argent dans le marketing innovation et le développement de nouveaux projets pour des multinationales (Unilever, WPP/Peclers Paris), avoir travaillé et vécu 4 ans en Chine, j’ai réalisé que ce n’était pas le sens que je voulais donner à ma vie.

De retour à Paris je fus l’assistante de Claudine Papillon, chez qui je collectionnais, j’étais aussi membre de l’ADIAF. Cela a confirmé mon envie de me réorienter professionnellement dans l’art contemporain qui a toujours été ma passion et de recommencer à zéro depuis Zürich. J’y ai étudié et travaillé pour le Cabaret Voltaire, Dada Haus (Expositions et performances : Claude Lévêque, John Giorno, Carlos Amorales, les frères Chapman, Tomas Saraceno, Yona Friedman, Ivan Moudov …) et l’Architektur Forum (2008-2010).  

Après avoir été intervenante à l’Essec  et à la Zhdk (Zürich),  depuis 2012 j’ai été pendant 5 ans directrice du programme de résidences d’artistes pour la Dena Foundation for Contemporary Art fondée par la collectionneuse Giuliana Setari en partenariat avec des institutions dont la ville de Milan et le National Arts Council of Singapore.

En parallèle je suis curatrice. A Genève, je fus curatrice pour le Domaine de Penthes Elles, par Peter Knapp 101 regards sur les femmes (2014) et L’Histoire suisse en briques Légo (2015).

A Paris, je fus co-commissaire avec Marion Papillon de Looking for Video dans le cadre de Nouvelles Vagues au Palais de Tokyo et dernièrement de l’Open Museum du chef Alain Passard qui s’est tenue dans les 22 000 m2 du Palais des Beaux-Arts de Lille et a accueilli 40 000 visiteurs dont la moitié n’avait jamais visité le musée. En 2018 notre tandem artiste-curateur avec Gaëlle Chotard, fut choisi par le prestigieux jury du Drawing Lab (Paris-Palais Royal) pour réaliser une des premières expositions du lieu.

En 2017 je fus responsable VIP et Institutions pour Asia Now, Paris Asian Art Fair, co-fondée par Alexandra Fain , j’y invitais notamment Uli Sigg à présenter pour la première fois en France le film sur sa vie « The Chinese Lives of Uli Sigg ». Car depuis 2014, j’ai initié un dialogue de confiance avec lui et porte des projets avec cet homme d’affaires et ancien ambassadeur suisse en Chine, très grand collectionneur d’art contemporain chinois. Sa donation de 1500 oeuvres à M+, futur musée à Hong-Kong est considérée comme la plus importante au monde. A ce titre, en octobre 2016, j’ai organisé, en collaboration avec le Centre Culturel Suisse, sa première conférence à Paris, au Centre Pompidou.

Il m’arrive également d’écrire quelques articles pour oncurating.org (Zürich), Mouvement (Paris), Swiss Universe & Magazine (Bâle), activité que j’aimerai encore développer de manière plus soutenue.

About me

Taking advantage of my 10 years spent growing multinationals and the 10 others working in the art of living and contemporary art, I have the chance to work for the best, pioneers in their field whose excellence is recognized by their peers, from photographer and artistic director Peter Knapp to chef Alain Passard, including great contemporary art collectors Tommaso and Giuliana Setari and Uli Sigg.

Member of the Association Internationale des Critiques d’Art (AICA), I graduated from a Master of Finance and Marketing (Paris IX Dauphine), a Master of Art History (Paris I Sorbonne) and a 3rd cycle “Master Curating Exhibitions” from the Haute Ecole des Arts de Zürich (Zhdk), where I had as mentors Beatrix Ruf and Heike Munder.

After working successfully for 10 years and making money in marketing innovation and developing new projects for multinationals (Unilever, WPP/Peclers Paris); working and living in China for 4 years as an entrepreneur, I realized that wasn’t the meaning I wanted to give my life.

Back in Paris I was the assistant of Claudine Papillon’s gallery, with whom I collected, and also a member of the ADIAF (art collectors’ association). This confirmed my desire to reorient myself professionally in contemporary art, which has always been my passion, and to start from scratch since Zürich. I studied and worked for the Cabaret Voltaire, Dada Haus (Exhibitions and performances: Claude Lévêque, John Giorno, Carlos Amorales, the Chapman brothers, Tomas Saraceno, Yona Friedman, Ivan Moudov, etc.) and the Architektur Forum (2008-2010).

After working in Essec’s Business School (Paris) and Zhdk, Zürich High School of the Arts (Zürich), I have since 2012 been the Director of the Artist Residency Program for the Dena Foundation for Contemporary Art, founded by collector Giuliana Setari in partnership with institutions including the City of Milan and the National Arts Council of Singapore.

At the same time, I’m a curator. In Geneva I was curator for the Domaine de Penthes of the first monographic exhibition of the photographer Peter Knapp « Elles, 101 regards sur les femmes » (2014) and of  » L’Histoire suisse en briques Légo » (2015-16).

In Paris, I was co-curator with Marion Papillon of Looking for Video as part of Nouvelles Vagues at the Palais de Tokyo, and most recently of the Open Museum of chef Alain Passard held in the 22,000 m2 Palais des Beaux-Arts de Lille. That exhibition welcomed 40,000 visitors, half of whom had never visited the museum. In 2018 I was part of the pair artist-curator with Gaëlle Chotard to be chosen by the prestigious jury of the Drawing Lab (Paris-Palais Royal) to carry out one of the first exhibitions of the place.

In 2017 I was responsible VIP and Institutions for Asia Now, Paris Asian Art Fair, co-founded by Alexandra Fain. There I invited Uli Sigg to present for the first time in France the film about her life « The Chinese Lives of Uli Sigg ». Since 2014, I have initiated a dialogue of trust with him and am carrying out projects with this businessman and former Swiss ambassador to China, a very great collector of Chinese contemporary art. His donation of 1,500 works to M+, the future museum in Hong Kong, is considered the largest in the world. For this reason, in October 2016, I organized, in collaboration with the Swiss Cultural Centre, its first conference in Paris, at the Centre Pompidou.

I also write a few articles for oncurating.org (Zürich), Mouvement (Paris), Swiss Universe & Magazine (Basel), an activity that I would like to develop further.