Audrey Hoareau, la photo engagée

First written in french, english version is following

 » Le monde de l’art n’était pas mon monde d’origine. Je l’ai découvert seule, petit à petit. La culture et l’art c’est une passion, et pas uniquement que la photographie d’ailleurs. Mais je suis originaire de Bourgogne et le Musée Nicéphore Niepce était le lieu où j’adorais passer. Y travailler c’était un rêve. Au début là-bas, j’étais assez polyvalente. Et puis je me suis rendue compte que c’était tout ce qui se rapportait aux expositions qui m’intéressait le plus : la recherche, l’étude, la conception, le scénario et la narration d’une histoire, le rapport aux artistes vivants, jeunes ou confirmés. »

Audrey Hoareau débute sa carrière dans les collections du Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône de 2003 à 2016. Indépendante depuis 2016, elle concentre son activité sur la mise en place de projets photographiques, la gestion d’archives pour les photographes et la collaboration avec des galeries et des institutions. Elle a fondé et dirigé avec François Cheval : The Red Eye, une plateforme porteuse de projets internationaux consacrés à la photographie. Elle contribue au lancement du Lianzhou Museum of Photography , premier musée public dédié à la photographie en Chine, et travaille depuis sur sa programmation internationale. En 2020 elle est la curatrice du Festival Circulations, dédiée ä la jeune création européenne, et sera la directrice artistique de la prochaine édition de Photo Basel, foire satellite d’Art Basel consacrée à la photographie.

Pour cette dixième édition de Circulations, on ressent vraiment la nécessité d’engagement de l’ensemble des artistes à différents niveaux. Le travail d’Anton Shebetkov (cf photo ci-contre) présente la persécution des gays en Ukraine qui les oblige à se cacher; Margaux Senlis s’empare avec poésie du problème des mines anti-personnelles au Cambodge et au Laos, Maxime Franch redonne de la visibilité aux SDF et Weronika Perlowska met en scène la colère des femmes. Effectivement Audrey Hoareau en guise de texte d’introduction choisit cette phrase du poète John Milton (1608-1674) :  » Les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle. »

« Ce qui a peut-être le plus évolué ces dix dernières années dans la photographie contemporaine, c’est la forme ou plutôt la multiplicité des formes. On part de la photo et on glisse vers l’art contemporain. L’image est manipulée, on en choisit un extrait dans un flux, on compose, parfois même on la performe avec un geste final qui comme celui d’Anton Shebeko va jusqu’à la déchirure.

Weronika Perlowska Anger Detracts from her Beauty

Donc pour faire une bonne image, la photo seule ne suffit plus. Cela demande une bonne intention, un bon sujet. La photographie est simplement un outil pour créer une oeuvre. Comme si je devais qualifier le pinceau alors qu’il faut voir la peinture. Je conseille d’ailleurs les écrits d’Allan Sekula pour comprendre la photographie contemporaine. C’est un classique selon moi, en plus écrit par un grand artiste. Et puis à un jeune photographe qui veut s’insérer dans le milieu, je conseillerai d’aller à la rencontre des gens, des travaux, de pousser les portes, de participer à des workshops, à la lecture de portfolios. Pas uniquement sur les réseaux sociaux, même si je trouve que Linkedin est très utile.

Margaux Senlis UXO

Je ne suis pas contre les réseaux sociaux, ce serait ridicule. Selon moi, c’est aussi un liant social, et j’ai envie de croire à leur faculté d’unir les gens. Après comme tous les outils, cela dépend de ce que nous en faisons. Et là on doit responsabiliser les gens, notamment les jeunes générations. C’est intéressant à ce titre de voir comment de jeunes artistes s’en emparent. Je pense à Norman Berhrendt qui retraite des images de partis extrémistes allemands, qu’il a prises sur Youtube et Facebook , pour recréer une nouvelle grille d’images et donc de lecture. Chiara Caterina confronte dans son installation via de multiples écrans d’Ipad, deux types d’archives, celles de ses photos personnelles, et celles générées à partir de là par différents moteurs de recherche sur internet (images, textes, sons et vidéos). Il s’agit de voir comment les algorithmes répondent à l’intime et comment une nouvelle vie est offerte ou pas à ces archives personnelles via le World Wide Web.

Après avoir travaillé en Chine et en Europe, je pense qu’il reste des spécificités nationales dans la photographie contemporaine, notamment en Europe de l’Est, tant dans leurs sujets, héritiers de l’ère soviétique que dans leur forme. En Suisse on reconnait l’influence de l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne). En Chine, les artistes sont très fins. Confrontés à la censure, cela impacte leurs façons de s’exprimer. Il s’agit de détourner un problème en étant moins frontal et plus subtil.

En revanche en terme de tabous, je remarque que la mort n’en n’est plus un, nulle part. Ainsi le jeune Bielorusse Ihar Hancharuk montre dans sa série Pré-mortem, le marquage des emplacements des futures tombes, et la représentation de la mort dans son pays.

Ihar Hancharuk, Pre-mortem

Quand à mes envies et projets, là je vais attaquer Photo Basel dont je suis la directrice artistique. C’est à dire que je participe à la sélection et à l’accrochage des stands des galeries et que je m’occupe également des espaces curatés, consacrés aux jeunes talents, au vintage et aux pièces uniques. Sans compter qu’avec le coronavirus, on essaie d’inventer une nouvelle expérience de la foire; on pourra en reparler bientôt. »

Interview réalisée par Valentine Meyer le 12 Mars 2020 au 104, Paris.

Audrey Hoareau, the picture engaged.

« The art world was not my original world. I discovered it by myself, step by step. Culture and art is a passion, and not just photography. But I am from Burgundy and the Nicéphore Niepce Museum was the place where I loved to be. Working there was a dream. When I did got hired, my job was multi-faceted. I then realized that it was all that related to the exhibitions that interested me most: the research, the study, the conception, the scenario and the narration of a story, the relationship to living artists, young or confirmed.”

Audrey Hoareau began her career in the collections of the Musée Nicéphore Niépce in Chalon-sur-Saône from 2003 to 2016. Independent since 2016, she focuses her activities on the implementation of photographic projects, the management of archives for photographers and collaboration with galleries and institutions. She founded and directed with François Cheval: The Red Eye, a platform carrying international projects dedicated to photography. She helped launch the Lianzhou Museum of Photography, the first public museum dedicated to photography in China, and has since worked on its international programming. In 2020 she is the curator of the Circulations Festival, dedicated to the young European creative scene, and will be the artistic director of the next edition of Photo Basel, Art Basel’s satellite photography fair.

For the tenth edition of Circulations, one can really feel the need to engage all artists at different levels. Anton Shebetkov’s work (see photo on the right) shows the persecution of gays in Ukraine forcing them to hide; Margaux Senlis poetically grasps the problem of landmines in Cambodia and Laos; Maxime French gives visibility to the homeless and Weronika Perlowska stages the anger of women. Indeed Audrey Hoareau, as an introductory text, chose this phrase of the poet John Milton (1608-1674): “They who have put out the people’s eyes reproach them of their blindness.”

What has perhaps evolved most in contemporary photography in the last ten years is the form or rather the multiplicity of forms. It starts from the photo to slide into contemporary art. The image is manipulated, chosen from a stream, it’s composed, sometimes even performed with a final gesture such as Anton Shebeko which goes as far as the tear.

To make a good image, the photo alone is not enough anymore. It requires a good intention, a good subject. Photography is simply a tool to create a piece of work. As if I had to qualify the brush when you have to see the painting. I also advise the writings of Allan Sekula to understand contemporary photography. And then to a young photographer who wants to be part of the community, I will advise to go to meet people, to work, to push the doors, to participate in workshops, to read portfolios. Not only on social networks, although I find Linkedin very useful.

I’m not against social media, that would be ridiculous. In my opinion, it brings people together and has the ability to unite people. After all, it all depends on what we do with tools. And then we have to empower people, especially the younger generations. It’s interesting to see how young artists use it. I think of Norman Berhrendt, who has taken pictures of German extremist parties, which he has taken on Youtube and Facebook, to recreate a new grid of images and therefore a new reading. Chiara Caterina confronts two types of archives in a multiple iPad installation: those of her personal photos and those generated from it by different search engines on the internet (images, texts, sounds and videos). It is a about understanding how algorithms respond to the intimate and how a new life is possible, or not, on the World Wide Web for these personal archives.

Having worked in China and Europe, I think there are national specificities in contemporary photography, especially in Eastern Europe, both in their subjects, heirs of the Soviet era and in their form. In Switzerland, one can recognize the influence of ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne). In China, the artists are very fine. Faced with censorship, their ways of expressing themselves is impacted. It is about diverting a problem by being less frontal. On the other hand, in terms of taboos, I notice that death is no longer one, nowhere. The young Byleorussia Ihar Hancharuk shows in his Pre-mortem series, the marking of future graves’ locations, and the representation of death in his country.

As for my desires and projects, I will kick off Photo Basel as the artistic director. That is to say that I participate in the selection and hanging of the stands of the galleries and I also manage the curated spaces, dedicated to young talents, vintage and unique pieces. Besides, with the coronavirus, we try to invent a new experience of the fair; we can talk about it again soon.

Interview conducted by Valentine Meyer on March 12, 2020 at 104, Paris.

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