Joël Person, dessins sur le vif et déferlantes.

« Le mot artiste, je ne sais pas ce que cela veut dire. J’ai toujours dessiné même avant d’apprendre. De manière naturelle. Essentiellement dans deux voies, celui des portraits ressemblants et celui de la BD. Il faut dire que d’un côté, mon père, brillant universitaire, m’a initié à lire Metal Hurlant, et ma mère qui avait fait les Beaux-Arts m’a donné le goût de Delacroix et Michel-Ange. En même temps, j’étais gaucher, dyslexique et en échec scolaire. Mon moyen d‘appréhender le monde, même pour draguer car j’étais timide, cela a toujours été le dessin.

Et puis, je suis rentré aux Beaux Arts de Paris, c’est là que j’ai basculé de cancre à premier de la classe (rires). Le dessin c’était aussi la fuite du réel : déjà ma BD à 13 ans c’était ma deuxième vie, ma vie parallèle, je m’étais identifié à Daphné Du Maurier.

Ce que je considère comme ma première oeuvre, c’est « Lignes de vie » une série de 5 dessins sur le vif que j’ai réalisée quand j’étais aux Beaux Arts en 1982; trois croquis représentent mon père mourant, et puis il y a un dessin d’une lionne au jardin des plantes, et une momie réalisée lors des cours de morphologie. 

Depuis les Beaux-Arts, même si je n’ai jamais cessé d’en faire, j’ai fui le dessin en naviguant pendant 30 ans, je suis même devenu professeur de planche à voile. En revanche aujourd’hui je suis dans l’urgence du dessin, je dessine du soir au matin, il s’agit en encore de Déferlante ! (ndt Déferlante est le titre donné à sa prochaine exposition monographique en écho au titre de sa série au fusain cadrant le poitrail de plusieurs chevaux au galop dont le motif pourrait se répéter à l’infini) Je rêve de faire de cette cavalcade un all-over sur la grande Muraille de Chine.

Chevaux Dragons 350 x 110cm, 2017.

Parallèlement je travaille toujours à ma série « Bruits du Monde », où je croque aussi en direct des dessins mélangeant l’intime et l’actualité via des photos que je prends sur le net ou sur le vif. L’idée de ces dessins au format carré, c’est de s’arrêter sur une image d’actualité et de la dessiner et de se retrouver en dialogue avec l’histoire de l’art. Les réfugiés ont l’air de personnages bibliques, cette tenniswoman on dirait la Victoire de Rude (ndt du nom du sculpteur qui réalisa entre autres les haut-reliefs monumentaux de l’Arc de Trimphe à Paris), et pour ces CRS, policiers et gendarmes photographiés lors d’une manifestation, repris par le dessin, on les croirait sortis d’une BD de Science Fiction ou de RobCop. »

Bruits du monde 1, 102 x 153 cm, Collection privée, 2017.

Né en 1962 à Abidjan, Côte d’Ivoire, Joel Person est sorti en 1986 diplômé des Beaux Arts de Paris avec les félicitations du jury. Cherchant toujours à approfondir sa pratique du dessin à partir de modèles vivants, quelque soit son thème de predilection : chevaux, chevelures, corps, poses érotiques, portraits,  scènes d’actualité ou concerts, entre trait classique, et intense concentration  il cherche à rendre la ressemblance avec le jaillissement du vivant. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions essentiellement en France et en Chine, et a été acheté par de nombreuses collections privées et publiques, comme la collection Hermès, (Paris Faubourg St Honoré, Dubai, Las Vegas, Shanghai) ou du Musée Jenish à Vevey en Suisse.

Cob normand, fusain, acrylique, huile et cire teintée sur papier, 135 x 180 cm , Collection Hermès 2010;

« J’ai du mal à me définir comme artiste, car cela veut tout et rien dire. Ou ce serait trop une appellation professionnelle alors que pour moi, c’est un engagement, un choix de vie. Pour moi, ressentir les choses, c’est ce qu’il y a de plus important. Et puis en cette période de mesures de distanciation, le dessin reste un moyen de toucher à distance. 

Confinement série Verticales 25 x 49,7 cm, 2020; Collection du musée Jenish, Vevey.

Le seul avantage du Covid, c’est le calme et le silence en plein Paris. Ce qui me manque le plus, c’est de voir du monde, et pour les expositions c’est l’enfer.  Est ce que tu vas pouvoir ouvrir et faire un vernissage ? Est ce que les gens vont venir ? J’ai de la chance car je vends encore des pièces.

Tu me demandes mes sources d’inspiration; il y a beaucoup de choses qui m’ont nourri. Oui je t’ai parlé des textes et des peintures de Delacroix, des BD Blueberry et celles de Buzzelli, un génie. Mais pour moi le plus grand portraitiste de toute l’Histoire, cela reste Velasquez. Quand il peint le Dieu Mars, si tu le mets en perspective des peintres de son époque, il n’est pas du tout dans les canons de ses contemporains, au contraire, il le peint dans sa temporalité d’homme, c’est vibrant, tu sens sa chair, tu es dans la peinture et à la fois c‘est la respiration absolue, au delà du style, il est dans la respiration de la vie, il n’a rien à ajouter, il va à l’essentiel.

Oui cela fait vingt ans que j’enseigne le croquis d’observation sur le vif, et je me sens incapable de donner des conseils aux jeunes artistes, si ce n’est de regarder et de ressentir les choses par soi même, c’est essentiel car on est envahi par les formatages. Il n’est pas question de bon ou de mauvais dessin mais de developper son sens de l’observation, car c’est à la fois un effort et un plaisir. Après tu deviens artiste ou pas, mais c’est essentiel de regarder et autant regarder le plus possible avant de mourir.  J’ai été confronté à la mort assez violemment et assez tôt; avec le croquis sur le vif, en terme de ressenti c’est comme si j’étais au delà de la vie. J’atteins un  tel niveau de concentration que c’est comme si je rentrais en fusion avec elle, et cela m’apaise. Et si c’est un portait, cela crée un dialogue et une émotion dans la rencontre, qui n’est pas celle de la photo, je dirais que cela casse les préjugés. Je mets toute mon énergie pour que ce soit le plus ressemblant possible, je ne veux pas styliser, je veux dessiner, l’instant, la sensation. je veux être précis avec la qualité de la ressemblance ressentie, c‘est ma quête absolue.

Comme projets, normalement j’ai une exposition personnelle « Deferlantes » prévue du 17 Avril au 29 juin à Loo § Lou Gallery à Paris dans le Haut Marais. Je participe également à l’exposition collective au Musée Jenish à Vevey, elle est conçue par Frédéric Pajak (ndt dessinateur et écrivain, fondateur de la revue des Cahiers Dessinés) autour des portraits et des auto-portraits (prévue du 29 mai au 5 Sept). Et enfin toujours sous réserve de Covid, j’ai la chance d ‘être invité cet été à dessiner sur le vif du soir au matin, les répétitions et les concerts du Festival Pablo Casals dirigé par Pierre Bleuze à Prades, mes dessins y seront exposés dès le lendemain des concerts. »

Deferlantes dans l’atelier de Joel Person, 2021.

Joel Person, drawings on the spot and breaking waves.

“The word artist, I don’t know what that means. I always drew even before I learned. In a natural way. Essentially in two ways, that of similar portraits and that of comics. It must be said that on the one hand, my father, a brilliant academic, initiated me to read Metal Hurlant, and my mother who had studied Fine Arts gave me a taste for Delacroix and Michelangelo. At the same time, I was left-handed, dyslexic and failing at school. My way of understanding the world, even to flirt with because I was shy, it has always been drawing.
And then I went to Beaux Arts in Paris, that’s where I went from dunce to top of the class (laughs).
Drawing was also an escape from reality: already my comic strip at 13 was my second life, my parallel life, I had identified with Daphné Du Maurier.
What I consider to be my first work is « Lines of Life » a series of 5 live drawings that I made when I was at the Beaux Arts in 1982; three sketches represent my dying father, and then there is a drawing of a lioness in the botanical garden, and a mummy made during morphology lessons.
Since the Fine Arts, although I have never stopped doing it, I avoided drawing while surfing for 30 years, I even became a windsurf teacher. On the other hand, today I am in a drawing emergency, I draw from evening to morning, it is still about the Breaking Wave! (ndt Déferlante is the title given to his next monographic exhibition echoing the title of his charcoal series framing the chests of several galloping horses whose motif could be repeated endlessly) I dream of making this cavalcade an all- over the Great Wall of China.
At the same time, I am still working on my series « Bruits du Monde », where I also sketch live drawings mixing intimacy and current affairs via photos that I take on the net or on the spot. The idea of ​​these square format drawings is to stop at a current image and draw it and find yourself in dialogue with the history of art. The refugees look like biblical characters, this tenniswoman looks like Rude’s Victory (ndt of the name of the sculptor who made, among other things, the monumental high-reliefs of the Arc de Triumphe in Paris), and for these CRS, police officers and gendarmes photographed during a demonstration, taken up by the drawing, one would think they came out of a Science Fiction or RobCop comic. « 

Born in 1962 in Abidjan, Ivory Coast, Joel Person graduated in 1986 from the Beaux Arts in Paris with honours. Always seeking to deepen his practice of drawing from live models, whatever his favorite theme: horses, hair, bodies, erotic poses, portraits, topical scenes or concerts, between classic lines, and intense concentration he seeks to render the resemblance to the outpouring of the living. His work has been the subject of numerous exhibitions mainly in France and China, and has been purchased by many private and public collections, such as the Hermès collection, (Paris Faubourg St Honoré, Dubai, Las Vegas, Shanghai) or from the Museum Jenish in Vevey, Switzerland.

« I find it hard to define myself as an artist because it means everything and nothing. Or it would be too much of a professional name when for me it is a commitment, a choice of life. For me, feeling things is the most important thing. And then in this period of distancing measures, drawing remains a means of touching from a distance.
The only advantage of the Covid is the peace and quiet in the heart of Paris. What I miss most is seeing people, and for exhibitions it’s hell. Are you going to be able to open and do a opening ? Are people coming? I’m lucky because I still sell works.

You ask me for my sources of inspiration; there are a lot of things that fed me. Yes, I told you about the texts and paintings of Delacroix, the Blueberry comics and those of Buzzelli, a genius.
But for me the greatest portrait painter in all of history, that is still Velasquez. When he paints the God Mars, if you put him in perspective of the painters of his time, he is not at all in the canons of his contemporaries, on the contrary, he paints him in his human temporality, it is vibrant , you feel his flesh, you are in the painting and at the same time it is the absolute breathing, beyond the style, he is in the breathing of life, he has nothing to add, he goes to the essential .

Yes, I have been teaching observation sketching on the fly for twenty years, and I feel incapable of giving advice to young artists, except to watch and feel things for yourself, it is essential because we are invaded by formatting. It is not a question of good or bad drawing but of developing your sense of observation, because it is both an effort and a pleasure. After that you become an artist or not, but it is essential to watch and as much as possible to watch before you die. I was faced with death quite violently and soon enough; with the live sketch, in terms of how it feels, it’s like I’m beyond life. I reach such a level of concentration that it is as if I am fusing with it, and it calms me down. And if it’s a portrait, it creates a dialogue and an emotion in the meeting, which is not that of the photo, I would say that it breaks the prejudices. I put all my energy into making it as close as possible, I don’t want to stylize, I want to draw, the moment, the feeling. I want to be precise with the quality of the resemblance felt, it is my absolute quest.

As projects, normally I have a personal exhibition « Deferlantes » scheduled from April 17th to June 29th at Loo § Lou Gallery in Paris in the Haut Marais. I also take part in the collective exhibition at the Jenish Museum in Vevey, it is designed by Frédéric Pajak (ndt designer and writer, founder of the review of Cahiers Dessinés) around portraits and self-portraits (scheduled from May 29 to Sept 5 ). And finally always subject to Covid, I have the chance to be invited this summer to draw live from evening to morning, the rehearsals and concerts of the Pablo Casals Festival directed by Pierre Bleuze in Prades, my drawings will be exhibited there the next day. « 

Un avis sur « Joël Person, dessins sur le vif et déferlantes. »

  1. Oh, mon dieu, comme j’aimes ca, les travails de Joël Person!! Comment vas tus? Moi je travailles travailles comme toujours – pour le moment une piece de theatre/performace – que on ne peut pas montrer au public – Je t’embrasses fort – je penses à toi souvent

    Bisou

    ________________________________

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