Nathalie Elemento, sculptures à vivre.

« Déjà toute petite à l’école maternelle où mes dessins m’avaient attiré attention et compliments, j’ai voulu être artiste pour être aimée. Pour moi être artiste c’est être différent. Tu vois le monde différemment et tu fais semblant d’être intégré. 

Ce que je considère comme ma première sculpture, c’était en 1990 à l’Institut des Hautes Etudes, fondé par Pontus Hulten avec Sarkis; c’était la première fois que j’ai mis autant de réflexions et d’instinct dans mon travail. »

Née en 1965,  Nathalie Elemento est connue pour ses dessins et pour ses installations à mi-chemin entre sculpture et mobilier intérieur. Partant du postulat que tout a été fait dans le musée, et que la maison reste un champ d’investigation possible, elle réfléchit sur les objets qui nous habitent et sur les positions mentales que nous adoptons vis-à-vis d’eux : chaises, tables, radiateurs, bibliothèques, interrupteurs …Elle dit le silence en le transférant en sculptures. Il est question de mémoire, de transmission, de liens et de ruptures, de thèmes analytiques et relationnels traités avec esprit et humour. 

Son travail a notamment été montré lors de la 4ème Biennale de Lyon par Harald Szeeman, à Séoul au Ho-Am Museum par Michel Nuridsany ou encore lors de l’experience Pommery 4 par Daniel Buren. Ses sculptures et dessins sont présents dans de nombreuses collections publiques et privées (MNAM, Centre Georges Pompidou, Fonds national d’art contemporain FNAC, FRAC IDF, FRAC PACA, FRAC Limousin, FRAC Bourgogne, MAC Lyon, Caisse des dépôts et consignations, Collection F. & D. Guerlain, Collection Société Générale, Collection RAJA …). Elle est représentée à Paris par la Galerie Maubert.

« A la Villa Médicis, j’ai réalisé ce projet autour de l’arbre Un jour y’aura l’arbre pas . Je me suis rappelée que par mon père, j’avais des origines italiennes, et que dans les familles romaines, le père était censé planter un arbre à la naissance d’un enfant. J’ai fabriqué le mien, en entourant dans le parc un arbre de parquet romain pour que les gens puissent à s’asseoir au bord. C’était aussi une manière de sortir l’intérieur à l’extérieur. 

Je réfléchis sur l’aspect dit pratique des choses. Actuellement plus les choses disparaissent, plus on a l’impression que c’est pratique. S’ils pouvaient faire glisser les interrupteurs derrière le papier peint, ils le feraient. Je ne suis pas d’accord avec cela.  Donc avec « Kasimir », en plus d’un hommage à Malevich et son carré blanc sur fond blanc, j’ai voulu joindre le geste à la parole : c’est mieux pour allumer la lumière. Le faire avec son corps, participer activement, permet de sentir davantage la question du choix. C’est la même idée pour Blanche-Neige et les 7 nains.

 Conjonction est une sculpture du même ordre, elle pose la question du décorum, du progrès.  Je trouvais la cheminée pratique, elle chauffait et tu pouvais te rassembler à plusieurs autour. On voit difficilement 3 ou 4 personnes se regrouper autour d’un radiateur et échanger, alors qu’autour d’une peinture c’est possible. D’où la conjonction des deux, une peinture qui chauffe plutôt qu’un radiateur. 

Le dernier projet que j’ai présenté à l’ARCO à Madrid, c’est « Simon » le rempart.  En fait c’est un socle qui plutôt que de supporter la sculpture, prend sa forme, et celle du spectateur aussi. Au final la sculpture est la réunion des trois : socle-sculpture-personne sauf qu’ici la chose la plus importante c’est la personne, après c’est l’objet d’art et ensuite le socle. Alors que normalement c’est le contraire : la personne est censée lever les yeux et adorer un objet pas d’art qui est posé sur un socle très élaboré. A propos d’angles de vue, je travaille aussi à des projets de murs d’exposition et de labyrinthe.

Eileen Gray a bien évidemment nourri mon imaginaire, elle est un génie qui a tout compris. Selon moi, c’est LA définition de la création, il n’y a pas de frontières. Elle parle beaucoup de l’habitat, de l’art de vivre, et ses objets sont des sculptures. Tout ce qu’elle a crée est d’une grande justesse, et elle traverse les époques.

J’aime aussi Arp qui parle beaucoup du silence, Brancusi, Matisse, les dessins de Rembrandt et de Léonard de Vinci, la peinture classique italienne, et celle de Fernand Léger parce qu’il a une peinture de sculpteur.

A un jeune artiste je conseillerai d’adopter un crayon, de lui donner un nom, de toujours se promener avec lui et de ne pas le laisser pleurer pendant plus d’une heure.

En tant qu’artiste le confinement ne me dérange pas du tout, au contraire. Paradoxalement je vais faire intervenir la couleur de manière beaucoup plus présente que d’habitude, je vais travailler sur son déploiement comme dans un nuancier. Le travail sur les couleurs c’est primordial, cela calme. Je prends le temps. Oui j’aimerais que les gens arrêtent de  courir après leur ombre et de vouloir toujours plus. On est dans l’essentiel en ce moment et c’est cela dont on devrait se souvenir après la crise. Je souhaiterais que le travail ne soit pas qu’un moyen de se nourrir et que chacun puisse faire davantage ce qu’il aime.

Sinon comme je n’ai pas accès à l’atelier en ce moment et que j’ai peu de place ici,  je travaille sur des projets de bijoux, de parure, j’ai dessiné des bijoux du confinement qui parlent d’ apparences et de repli.

Un service que j’aimerais inventer dans une maison connectée,  serait de créer des connexions entre tous les gens que j’aime par le biais d’une petite lampe pour chacun, et quand les gens penseront les uns aux autres ou à moi, elles s’allumeraient.

Après la fin du confinement j’aimerai aussi retourner dans la cité travailler in situ, faire des interventions dans la ville comme dessiner des trottoirs, des tapis urbains; en fait j’ai plein d’idées. »

Pour  en savoir plus sur le travail de Nathalie Elemento voici deux sites. De courtes vidéos sont aussi à découvrir sur Youtube.

http://www.elemento.fr/

Elemento Nathalie

Interview réalisée par Valentine Meyer le 16 Avril 2020 par téléphone.

« I have always wanted to become an artist and for it to be loved by others. From a very young age, I realised that my drawings could actually bring me the love and attention I had always wanted from my art. Being an artist is being different. You see the surrounding world in a different way than others and you pretend to feel a part of it, to feel integrated.

What I consider to be my first sculpture was in 1990 at the Institut des Hautes Etudes, founded by Pontus Hulten with Sarkis; it was the first time I put so much thought and instinct into my work”.

Born in 1965, Nathalie Elemento is known for her drawings and for her installations halfway between sculpture and interior design.  She starts from the postulate that everything has been done in the museum and that the house remains a possible field of investigation. Thereupon, she reflects on objects around us and on the mental positions we adopt towards them: chairs, tables, radiators, bookcases, switches … She translates silence by transferring it into sculptures. It is about memory, transmission, links and ruptures, analytical and relational themes treated with wit and humour. 

Her work was shown at the 4th Lyon Biennale by Harald Szeeman, in Seoul at the Ho-Am Museum by Michel Nuridsany or during the Pommery 4 experience by Daniel Buren. Her sculptures and drawings are present in many public and private collections (MNAM, Centre Georges Pompidou, Fonds national d’art contemporain FNAC, FRAC IDF, FRAC PACA, FRAC Limousin, FRAC Bourgogne, MAC Lyon, Caisse des dépôts et consignations, Collection F. & D. Guerlain, Collection Société Générale, Collection RAJA …). She is represented in Paris by  Gallerie Maubert.

« At the Villa Medici, I realized this project around the tree entitled Un jour y’aura l’arbre pas . I remembered my italian roots coming from my father and therefore decided to create a work of art out of my origins. In Roman families, the father was supposed to plant a tree at the birth of a child.  I made my own one : I surrounded a tree, in a park, with a Roman parquet tree so that people could sit on the edge. It was also a way to bring what belongs to the inside in the outside environment. 

I’m thinking about the so-called practical side of things. Right now, the more things disappear, the more convenient it seems. If they could slide the switches behind the wallpaper, they would. I don’t agree with that. Hence with Kasimir, in addition to a tribute to Malevich and his white square on a white background, I wanted to walk the walk as well as talk the talk: it is better to turn on the light. Doing it with your body, participating actively, allows you to feel more about the question of choice. I have explored the same idea for Snow White and the Seven Dwarfs.

Conjunction is a sculpture of the same order, it raises the question of decorum, of progress. I found the fireplace convenient, it was heating and you could meet around.  You will hardly see three or four people gathering around a radiator and exchanging, while around a painting it is possible. Hence the conjunction of the two, a painting that heats rather than merely a radiator.

The last project I presented to ARCO in Madrid was Simon, the rampart.  In fact it is a pedestal which, rather than supporting the sculpture, takes both its form and the spectator’s one. In the end, sculpture is at the crossroad of the three elements: pedestal-sculpture-person. What is different here is that the most important thing is the person, then comes the art object and finally the pedestal. It is usually the opposite: the person is supposed to look up and worship a non-art object placed on a very elaborate base. Speaking of perspectives,  I am also working on exhibition walls and maze projects.

Eileen Gray’s obviously fed my imagination, she’s a genius who figured it all out. I believe, it is the very definition of creation and making, there are no borders. She talks a lot about habitat, the art of living, and her objects are sculptures. All that she has created is of great accuracy and both her work and herself are timeless. I also like Arp, Brancusi, Matisse, the drawings of Rembrandt and Leonardo da Vinci, the Italian classical painting, and that of Fernand Léger because he has a sculptor’s way of painting.

To a young artist I would advise to adopt a pencil,to name him, to always walk with him and not to let him cry for more than an hour.

As an artist the confinement does not bother me at all. Paradoxically, I’m going to use colour in a much more present way than usual. I’m going to work on its deployment as in a colour chart. The work on colours is essential, it is relaxing. I take the time. I wish people would stop chasing their shadows and keep wanting more and more. We are in the thick of things right now and that is what we should remember after this crisis.  I would like work to be more than just a means of feeding oneself and for everyone to be able to do more of what they love.

As I don’t have access to the art studio at the moment and I have little space at home, I work on projects of jewellery, ornaments. I have designed jewellery of confinement that speak of appearances and retreat.

One service I would like to invent in a smart home would be to create connections between all the people I love through  small light for each one. The principle being that when people think of each other or of me,the lights detect it and turn themselves on automatically.

After the end of the confinement, I would also like to return to the city to work in situ, to do interventions in the city such as designing sidewalks, urban carpets;  actually I have lots of ideas. »

To learn more about Nathalie Elemento’s work, there follows two sites. Short videos are also available on Youtube.

http://www.elemento.fr/

Elemento Nathalie

Interview done by Valentine Meyer 16 April 2020 on the phone, translated into english by Emma Joynt.

2 commentaires sur « Nathalie Elemento, sculptures à vivre. »

  1. J adore ton travail Nathalie et la manière dont tu personnalises tes sculptures. A la naissance de ma fille tu m a offert un dessin que je n ai jamais reçu… j aimerai bien un jour que cela se reproduise… je ne vais pas avoir d autre enfant mais dans quelque année 60 ans… alors je te donne une idée… je t embrasse fort

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