Pilar Albarracin, courage, humour et performances.

« Je n’ai pas décidé de devenir artiste, c’est venu naturellement. J’ai commencé par des études de psychologie. Comme j’ai trouvé que j’étais trop emphatique, j’ai commencé les Beaux Arts et depuis lors tout s’est enchaîné très rapidement. De toutes façons, mon travail reste très psychologique, tous les matériaux sont possibles pour raconter une histoire, mais quand je peignais je trouvais cela trop simpliste, j’ai donc délaissé les matériaux traditionnels pour aller vers l’action et la performance. La première partie de mon travail a trait au corps, où j’expérimentais beaucoup avec le mien dans l’espace urbain, son effet sur les autres dans la cité. Après dans les années 90 j ai travaillé sur l’appropriation et le ready made. Et puis dans les années 2000, au retour d’un voyage en Irlande, j’ai commencé à réfléchir sur les questions de genres et d’identités culturelles à travers l’image de la « Flamenca ». Evidemment beaucoup de pièces dans mon travail ont trait à la place de la femme dans la cité. »

Née en 1968 à Séville, Pilar Albarracín est une artiste espagnole des plus reconnues. Elle détourne les clichés de la culture populaire andalouse (du flamenco aux rituels catholiques, de la tauromachie à l’art baroque) avec un humour corrosif, oscillant entre le burlesque et le tragique, pour mieux nous interroger sur le rôle attribué à la femme dans les sphères intimes, sociales et politiques. À travers ses mises en scène et performances où elle incarne à elle seule 1001 femmes, de la flamenca à la gardienne du foyer, l’artiste offre au spectateur une catharsis réjouissante, lui refusant la tentation de tomber dans les clichés forcément simplistes voulus par les politiques traditionalistes et machistes, populistes et fascistes, toujours promptes à vampiriser l’imaginaire collectif. Présent dans les plus grandes collections privées et publiques (du Musée d’art moderne de la Ville de Paris à la Fonction Louis Vuitton), son travail est représenté à Paris par la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois.

« Etre artiste selon moi c’est avoir un regard différent sur le monde. Réfléchir sur un sujet qui nous est commun, mais avec un positionnement différent. Après je travaille beaucoup en équipe avec des personnalités et des spécialités différentes.

Ainsi pour «  N’éteins pas mon feu, Laisse moi brûler », après avoir fait des recherches sur la Semaine Sainte à Seville, j’ai entre autres travaillé avec un architecte et aussi un spécialiste des bougies. (ndt l’artiste propose ici une relecture critique du poids des croyances et de la religion et retourne leur violence sur les corps pour prôner comme les féministes dans les années 1970, le droit au choix et à l’autodétermination.)

Arquitectura de esperanza (Architecture d’espérance)
2020
Bougies et structure métallique
210 x 170 x 80 cm

Pour les « Marmites enragées », cela renvoie à l’Histoire de la femme, de la mère et la grand-mère qui avec la seconde Guerre mondiale, ont eu un rôle essentiel dans l’économie de subsistance familiale. J’ai donc parlé de cela avec ces cocottes, et aussi de l’alimentation intellectuelle donnée par les femmes qui sont comme le cerveau qui mijote. Les cocottes sont à la fois la promesse d’avoir plus de temps libre pour les femmes et elle évoquent aussi l’utilisation en bombe artisanale pendant la guerre, les mouvements ou les revendications sociaux. C’est un peu tout cela ces marmites-vapeur qui sifflent l’Internationale.

Les Marmites enragées
2005 Bois, cocottes-minute, machines à fumée
166 x 440 x 155 cm

L’art est une question politique, tu peux lutter avec des mitraillettes ou avec ton travail d’artiste pour la liberté. J’ai été à Belgrade, un curateur m’avait montré les travaux d’étudiants sur la dictature, quand la liberté est revenue, la majorité d’entre eux a arrêté. Quand tu changes de période, certains mécanismes sont acceptés par tous et ton action est nulle.

Je continue de lutter pour les genres (homme, femme, trans, etc), avant je luttais pour l’égalité entre eux, maintenant pour la possibilité de choisir.

En la piel del otro 2018
Photographie couleur 225 x 150 cm Edition de 5 + 1 EA

La pandémie du COVID m’a beaucoup fait réfléchir, sur l’importance des contacts avec les gens, sur notre dépendance aux commerces, à la façon dont nous nous alimentons. 

Et je pense que la majorité des gens n’a pas la conscience de l’art au sens de la littérature, du cinéma, du théâtre etc …Une minorité s’y intéresse, même si, c’est ce qui donne à un pays son statut. 

Chaque jour, de nouvelles formes de contrôle sont inventées, et nous finissons par les accepter pour ne plus avoir à penser. Internet n’aide pas toujours à nous faire avancer vers une société plus humaine. J’aimerais que les gens réalisent l’importance des liens, des amis, de la famille, de la nature, du soleil, des plantes, que chacun mange mieux, et puisse profiter de son temps sur la planète.

Tu me demandes ce qui m’inspire. C’est la vie essentiellement, et les gens. J’aime aussi les écrits de Maria Zambrano et Walter Benjamin qui parlent philosophie politique et voient le monde dans toute son étendue mais par les petites choses du quotidien. J’adore ça. 

A un(e) jeune artiste, je recommanderais de garder tout le temps l’espérance, de ne pas perdre courage sinon c’est la mort.(rires)

Actuellement je vais bien, même si un peu stressée car j’ai beaucoup de projets, dont un qui me tient particulièrement à coeur : une exposition monographique prévue à l’occasion du festival Plataforma Galicia en mars 2021 au Centro Galego de Arte Contemporanea de Santiago de Compostela (CGAC), avec une publication, des activités parrallèles qui contextualiseront mon travail, et une performance collective pour clore l’évènement en juin prochain.

Enfin, le problème de la condition humaine c’est notre côté ambitieux, possessif. La religion et le capitalisme se sont emparés de cela afin de faire de nous des esclaves de notre condition. Mais il faut se battre et garder espoir !

Interview réalisée par Valentine Meyer le 23 décembre. Merci à Pilar Albarracin et Alexandra El-Zeky de la Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois où ses dernières photographies sont à découvrir jusqu’à la fin janvier 2021.

Pour en connaitre plus sur le travail de Pilar,

Voici le lien vers son site : http://www.pilaralbarracin.com/

et celui de sa galerie : https://www.galerie-vallois.com/artiste/pilar-albarracin/

Pilar Albarracin, courage, humor and performances.

“I didn’t decide to become an artist, it just came naturally. I started out studying psychology. As I found I was too emphatic, I started Fine Arts and since then everything has happened very quickly. Anyway, my work is still very psychological, all materials are possible to tell a story, but when I was painting I found it too simplistic, so I abandoned traditional materials to move towards action and performance. The first part of my work deals with the body, where I experimented a lot with mine in urban space, its effect on others in the city. Afterwards in the 90s I worked on appropriation and the ready-made. And then in the 2000s, after returning from a trip to Ireland, I started to think about Flamencas.

Obviously a lot of pieces in my work relate to the place of women in the city. « 

Born in 1968 in Seville, Pilar Albarracín is one of the most recognized Spanish artists. She diverts the clichés of popular Andalusian culture (from flamenco to Catholic rituals, from bullfighting to baroque art) with a corrosive humor, oscillating between burlesque and tragic, to better question us about the role attributed to women in the intimate, social and political spheres. Through her staging and performances in which she alone embodies 1001 women, from flamenca to the guardian of the foyer, the artist offers the spectator a joyful catharsis, refusing him the temptation to fall into the necessarily simplistic clichés wanted by the traditionalist and macho, populist and fascist policies, always quick to vampirize the collective imagination. Present in the largest private and public collections (from the Museum of Modern Art of the City of Paris to the Louis Vuitton Function), her work is represented in Paris by the Georges-Philippe and Nathalie Vallois gallery.

« Being an artist, according to me, is to have a different outlook on the world. Reflect on a subject that is common to us, but with a different positioning. Afterwards I work a lot in a team with different personalities and specialties. So for the installation « Don’t extinguish my fire, Let me burn », after researching on the Holy Week in Seville, I worked with an architect and also a candle specialist. (note : here the artist offers here a critical rereading of the weight of beliefs and religion and turns their violence on the body to advocate, like feminists in the 1970s, the right to choice and self-determination.)

For the « Enraged Marmites« , this refers to the story of the women, mother and grandmother who, with the Second World War, had an essential role in the family subsistence economy. So I talked about that with these casseroles, and also about the intellectual nourishment given by women who are like the simmering brain. The casseroles are both the promise of more free time for women and also evoke the use of homemade bombs during the war. It’s a bit of all these steamers that hiss the International.

Art is a political issue, you can fight with machine guns or with your work as an artist for freedom. I was in Belgrade, a curator had shown me the work of students on the dictatorship, when freedom returned, the majority of them quit. When you change the period, certain mechanisms are accepted by all and your effect is null.

I continue to fight for genders (man, woman, trans, etc.), before I fought for equality between them, now for the possibility of choosing.

The COVID pandemic has made me think a lot, about the importance of contact with people, our addiction to businesses, the way we eat.

And I think that the majority of people are not aware of art in the sense of literature, cinema, theater etc … A minority is interested in it, even if, that’s what gives a country its status.

Everything is more and more controlled by the internet in order not to be aware, not to think. I would also like people to realize the importance of connections, friends, family, nature, sun, plants, that everyone eats better, and can enjoy their time on the planet.

You ask me what inspires me. It’s mainly life, and people. I also like the writings of Maria Zambrano and Walter Benjamin who talk about political philosophy and see the world in all its extent but through the little things of everyday life. I love that.

To a young artist, I would recommend to keep hope all the time, not to lose heart or else he is dead. (Laughs)

Currently I am doing well, although a little stressed because I have a lot of projects, including one that is particularly close to my heart: a monographic exhibition scheduled for March 2021 at

Centro Galego de Arte Contemporanea de Santiago de Compostela, with a publication, conversations, and a collective performance scheduled for next June.

Ultimately, the problem with the human condition is our ambitious, possessive side. Religion and capitalism have taken hold of this in order to make us slaves to our condition. But we must fight and keep hope! « 

Interview conducted by Valentine Meyer on December 22. Thanks to Pilar Albarracin Alexandra El-Zeky and Galerie Georges-Philippe and Nathalie Vallois where some of her photographs are on display until the end of January 2021.

To learn more about Pilar’s work,

Here is the site the link to her website: http://www.pilaralbarracin.com/

and that of her gallery: https://www.galerie-vallois.com/artiste/pilar-albarracin/

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