Vincent Mauger, entre espaces virtuels et réels

Vincent Mauger. Crédit M.Tricoire

« Je savais que j’avais envie de faire les Beaux-Arts, sans qu’il y ait eu de réel élément déclencheur, c’est venu au fur et à mesure, car le reste ne m’enthousiasmait pas. Les cours m’ennuyaient, je dessinais pendant la classe. Au lycée, on mettait en place des « interruptions humoristiques » pendant les cours, comme par exemple surélever la plante verte de 10 cm pour donner l’impression qu’elle flottait, ou faire qu’en plein milieu du cours, les étagères tombent du placard sans que l’on sache d’où cela vienne. Cela m’amusait plus que la scolarité. L’Ecole des Beaux-Arts cela a été pour moi une libération. C’était un réel espace de liberté, où l’on était encouragé dans les débordements. 

Sans Titre, 2010, Vincent Mauger vidéo projection

Ce qui m’intéresse le plus, c’est le plaisir de faire les choses, plus que le statut d’artiste ou d’oeuvres d’art. Après la reconnaissance c’est bien car c’est le moyen aussi de continuer à travailler. Je me vois plus comme un chercheur qui livre le fruit de son expérience. Si je dois donner une définition de l’art, cela s’apparente à de la recherche, via l’artiste, qui fabriquerait des objets dérangeants qui font réfléchir. C’est pour cela que j’aime bien intervenir en volume, pour perturber l’espace. Je fais des sculptures car à mon sens, elles ont un impact plus fort dans l’environnement qu’un dessin qui peut disparaître dans le tiroir, elles peuvent gêner beaucoup plus ».

Sans Titre, Vincent Mauger Domaine de Chaumont sur Loire, crédit AM Tricoire.

Né en 1976 à Rennes, Vincent Mauger est un artiste connu pour ses installations et sculptures modulaires et in situ qui cherchent à matérialiser un espace mental, jouant sur les décalages de perception entre environnement réel et virtuel, le geste archaïque et l’artificiel, la nature et la modélisation virtuelle. Ceux-ci, réalisés le plus souvent avec des matériaux ordinaires (brique, métal, polystyrène, tuyaux de PVC, bois, papier), associent techniques de construction artisanales et calcul numérique. Il est représenté à Paris par la galerie Bertrand Grimont. On peut voir ses oeuvres au domaine du château de Chaumont sur Loire, au Frac Centre à Orléans, à l’entrée du domaine viticole du château Smith Haut Lafitte par exemple.

« Oui je réalise mes installations spécifiquement pour les lieux qui vont les accueillir.


Château Millésime #2, Vincent Mauger, 2010, installation, dimensions variables, casiers à bouteilles en polystyrène coloré.
Crédit Vincent Mauger

Par exemple, pour l’installation Château Millésime, Didier Lamandé qui dirigeait l’espace m’ a invité dans une pièce qui a une vue impressionnante sur toute la côte. Au départ j’avais pensé à une installation au sol, mais face au lieu j’ai inversé. Je ne me voyais pas poser des volumes face à ces baies vitrées et ce paysage tellement fort. Alors j’ai eu envie d’intervenir au plafond pour conserver cette vue panoramique et créer un retournement comme un fragment inversé. Je l’ai conçu à partir d’éléments de base, qui font comme une trame qui va créer un paysage grignoté avec ces alvéoles qui apportent la richesse graphique. C’est un peu comme une charpente qui ne serait pas habillée, comme un squelette de paysage sans peau. C’est à dire, comme l’installation n’a pas un aspect pas complètement fini, elle conserve une certaine modularité et reste une proposition ouverte. Chacun peut s’imaginer déplacer ces briques, comme dans un jeu de construction réel ou virtuel. L’installation est en quelque sorte un potentiel à partir duquel chacun peut composer un environnement différent. Je cherche toujours à créer à l’intérieur d’un espace concret, un espace de rêverie, un espace mental. 


sans titre, Vincent Mauger, 2013 sculpture-architecture, 3,5 x 3,5 x 3m, plaque de contreplaqué stratifié.. Commande FRAC Centre pour son espace pédagogique

Pour le FRAC Centre, Marie-Ange Brayer m’avait contacté suite à une résidence. L’idée de départ pour ce MicroLab, espace pédagogique était de créer une cabane, une grotte, un abri. Au fil des contraintes on s’est concentré sur la cabane. Entre architecture et sculpture, on a voulu faire une structure qui puisse être démontable, pour que les enfants s’en emparent et comprennent comment on construit. Et puis il y a toujours cette idée de caverne archaïque qui serait mêlée à un système de construction très contemporain.

Mes sources d’inspiration viennent souvent des livres et des films de sciences fiction, les univers de Ballard ou de Philipp K.Dick où il y a un jeu sur le trouble perçu entre espaces fictif et réel.

Pendant la première crise de Covid 19, j’étais chez moi à la campagne en famille avec mes deux enfants. J’ai pu travailler. C’était à la fois plus confortable et plus angoissant. Cela dit, j’ai peur que cela fasse oublier des choses bien plus graves, comme les dangers climatiques qui mettent davantage l’humanité en péril. Quand à mon espoir naïf que les choses puissent bouger, il est déçu.

Je viens de finir un projet de vitrine Hermès à Singapour réalisé à distance, j’ai réalisé une pièce pour le parvis du Musée des Beaux Arts de Nantes. Et il y une exposition itinérante en Normandie qui sera ensuite posée pour la Nuit Blanche à Paris, place des Grands Hommes. Mon travail a été présenté par ma galerie Bertrand Grimont pendant ArtParis. Et je cherche toujours des lieux pour accueillir mes installations qui sont modulaires, faites à partir de matériaux recyclables, de surcroît démontables, adaptables et transportables facilement. »


The Undercroft, Vincent Mauger, 2008, installation in situ, 9 m x 7 m x 16 m environ, plaques
de bois OSB. Oeuvre présentée et produite par la Fabrica à Brighton. (Crédit photographique V Mauger)

Interview réalisée par Valentine Meyer le 3 Septembre 2020.

Pour en connaitre plus sur le travail de Vincent Mauger, voici le lien très fourni vers sa galerie : http://www.bertrandgrimont.com/Vincent_Mauger-artist-56.html

et vers le site collectif : http://www.collectifr.fr/reseaux/vincent-mauger

Vincent Mauger between virtual and real spaces

« I knew I wanted to do Fine Arts, without there being any real trigger, it came as I went, because the rest did not thrill me. Class bored me, I used to draw during class. In high school, we put in place “humorous interruptions” during lessons, such as raising the green plant 10 cm to give the impression that it was floating, or making that in the middle of the lesson, the shelves fall out of the room. closet without anyone knowing where it came from. It amused me more than schooling. The Ecole des Beaux-Arts was a liberation for me. It was a real space of freedom, where one was encouraged to overflow.

What interests me the most is the pleasure of doing things, more than being an artist or a work of art. After the recognition it is good because it is also the way to continue working. I see myself more as a researcher who delivers the fruit of his experience. If I have to give a definition of art, it is akin to research, via the artist, who would make disturbing objects that make you think. This is why I like to intervene in volume, to disrupt the space. I make sculptures because in my opinion, they have a stronger impact on the environment than a drawing that can disappear in the drawer, they can interfere with a lot more « 

Born in 1976 in Rennes, Vincent Mauger is an artist known for his modular and in situ installations and sculptures which seek to materialize a mental space, playing on the perception shifts between real and virtual environment, the archaic and the artificial gesture, the nature and virtual modeling. These, most often made with ordinary materials (brick, metal, polystyrene, PVC pipes, wood, paper), combine artisanal construction techniques and numerical calculation. He is represented in Paris by the Bertrand Grimont gallery. You can see his works at the estate of the Château de Chaumont sur Loire, at the Frac Center in Orléans, at the entrance to the vineyard of Château Smith Haut Lafitte for example.


« Yes, I make my installations specifically for the places that will host them.

For example, for the installation Château Millésime, Didier Lamandé, who ran the space, invited me to a room that has an impressive view of the entire coast. At first I had thought of a floor installation, but facing the venue I reversed. I did not see myself posing volumes in front of these picture windows and this landscape so strong. So I wanted to intervene on the ceiling to keep this panoramic view and create a turnaround like an inverted fragment. I designed it from basic elements, which form a frame that will create a nibbled landscape with these cells that provide graphic richness. It’s a bit like a frame that is not dressed, like a landscape skeleton without skin. That is to say, as the installation does not have a completely finished appearance, it retains a certain modularity and remains an open proposition. Anyone can imagine moving these bricks, like in a real or virtual building game. The installation is in a way a potential from which everyone can compose a different environment. I always try to create within a concrete space, a space for reverie, a mental space.

For the FRAC Centre, Marie-Ange Brayer contacted me following a residency. The original idea for this MicroLab, an educational space, was to create a hut, a cave, a shelter. Over the constraints we focused on the cabin. Between architecture and sculpture, we wanted to make a structure that could be dismantled, so that the children could take hold of it and understand how we build. And then there is always this idea of an archaic cave which would be mixed with a very contemporary construction system.

During the first Covid 19 crisis, I was at home in the countryside with my family with my two children. I was able to work. It was both more comfortable and more scary. Having said that, I am afraid it will overshadow much more serious things, such as the climatic dangers which put humanity at greater risk. As for my naive hope that things can happen, it is disappointed.

I have just finished a Hermès showcase project in Singapore carried out remotely, I made a piece for the forecourt of the Nantes Museum of Fine Arts. And there is a traveling exhibition in Normandy which will then be installed for the Nuit Blanche in Paris, place des Grands Hommes. My work was presented by my Bertrand Grimont gallery during ArtParis. And I am always looking for places to accommodate my installations which are modular, made from recyclable materials, moreover removable, adaptable and easily transportable.

Interview conducted by Valentine Meyer, the 3 Sept 2020.

For further information on Vincent Mauger’s work, here is his gallery website : http://www.bertrandgrimont.com/Vincent_Mauger-artist-56.html

and a collaborative platform : http://www.collectifr.fr/reseaux/vincent-mauger

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