Jacqueline Burckhardt, la mia commedia dell’arte.

A l’occasion de la récente parution de son passionnant livre d’entretiens « La mia commedia dell’ arte » réalisés avec Juri Steiner, nouveau directeur du musée MCBA à Lausanne, je suis très heureuse d’interviewer Jacqueline Burckhardt. Car elle est une de mes héroïnes et une des raisons de me mon choix de venir étudier à Zurich l’art du curating.

Spécialiste de Giulio Romano, elle est historienne de l’art et restauratrice diplômée de l’Istituto Centrale del Restauro de Rome mais aussi curatrice et et co-fondatrice en 1984 avec Bice Curiger d’une des meilleures revues d’art,  de celles qui vous le font aimer. Parkett fut publiée pendant 33 ans jusqu’en 2017, en étroite collaboration avec les plus grands artistes et écrivains contemporains : Meret Oppenheim, Sigmar Polke, Pipilotti Rist, Laurie Anderson, Joseph Beuys, Dan Graham, El Anatsui, pour n’en citer que quelques uns, furent invités à y participer. Jacqueline Burckhardt fut aussi la première à lancer un programme de performances au Kunsthaus de Zurich. Puis de 1998 à 2006 elle fut la présidente de la Commission Fédérale des Beaux-Arts (équivalent du CNAP en France). A la mort d’Harald Szeeman, elle fut choisie pour être la curatrice du Campus Novartis et a développé un parc de sculptures spécifiquement conçu pour le lieu. Depuis 2008 elle est directrice de l’académie d’été au Centre Paul Klee de Bern. Et enfin en lisant ce livre, j’apprends son rôle déterminant dans la réalisation de ce chef d’œuvre que sont les vitraux de Sigmar Polke réalisés pour l’église de Grossmünster à Zurich.

Ma vocation? 

Enfant j’ai vécu à Rome, et j’ai toujours été intéressée par l’art étrusque et romain. J’étais fascinée par l’esprit aventurier, les fouilles, les découvertes. Je me promenais toujours avec une pelle et un petit coffre. J’avais même trouvé une petite médaille.

Et ma mère m’emmenait au musée voir les figures mythologiques.  Après des études d’archéologie, pendant les vacances, j’ai eu l’idée de participer à des fouilles avec une mission anglo-américaine, J’y ai travaillé avec là encore une petite brosse, pour que les coupes des stratifications soient bien nettes. A mon retour, j’ai rencontré Paolo Cadorin, le restaurateur vénitien du musée de Bâle, c’était fascinant, il a élargi ma connaissance des époques. Et ainsi de l’archéologie je suis passée à la restauration d’oeuvres anciennes.

Jacqueline Burckhardt avec Carmen del Valle pendant la restauration de la fresque murale à Sant Juste, Segovie , 1972;

Vous me demandez comment je suis passée de restauratrice à curatrice dans l’art contemporain ?

Je n’ai jamais pensé travailler sur un matériau historique, mais plutôt à la manière d’un médecin, d’essayer de ramener une oeuvre dans le contemporain et de lui donner un possible futur. Dans cette école de restauration à Rome c’est ce que j’ai appris : la double historicité de l’œuvre, il n’y a pas de problème entre aujourd’hui et le passé, c’est très naturel pour les italiens qui ont toujours su ramener le passé dans le présent. C’est fascinant ces 2500 ans de culture. Je suis une fan de l’Italie pour cela et sa capacité à se renouveler et à être dans le présent. Cela donne une telle envergure aux oeuvres. 

Qu’est que je pense justement de la dernière biennale de Venise conçue par Cecilia Alemani? 

J’ai beaucoup apprécié  cette exposition, notamment ces capsules historiques, c’est naturel pour les italiens. Cela dit, j’étais déjà fascinée quand pour la biennale de 2011, Bice Curiger avait commencé le parcours de l’exposition en présentant les peintures du Tintoret avec au dessus les pigeons de Maurizio Cattelan. C’est tellement naturel,  je suis convaincue que les artistes contemporains et les artistes anciens s’adoreraient s’ils pouvaient se voir. Déjà par leurs oeuvres, on peut les faire se rencontrer.

Est ce que ma manière de travailler a changé ? 

Je sens qu’il y a comme une logique dans ce que je fais, due au rapport que j’entretiens avec l’oeuvre quelque soit la date de sa création. J’ai compris que pour avoir un humus culturel, un terrain, il faut que tous les éléments puissent jouer ensemble il faut s’engager pour la politique culturelle, envisagée comme un tout, comme un « Gesamtkunstwerk » (traduction : oeuvre d’art total), avec des dialogues exigeants

Sigmar Polke / Vitrail en agate situé du côté oriental, au-dessus de la portée d’entrée du Grossmünster de Zurich, vu de face

Quel a été mon rôle dans la conception et la réalisation des vitraux par Sigmar Polke dans l’église Grossmunster à Zurich ? 

//Note : L’artiste allemand a réalisé 7 vitraux en agate pour la nef. La pierre fine a été découpée en couches très minces afin de devenir translucide et de former des parois lumineuses colorées et transparentes. Elles sont complétées par 5 vitraux figuratifs représentant des personnages de l’Ancien Testament : le Fils de l’homme, Elie, David, Abraham et Isaac, Le Bouc émissaire. Ils conduisent à la naissance de l’enfant Jésus et ainsi aux vitraux du chœur, réalisés par Augusto Giacometti en 1933; Polke souhaitait que l’on ne puisse pas dater ses vitraux, ni contemporains ni d’époque, de toute éternité serait on tenté de dire.//

Sigmar Polke ,  Le « bouc émissaire » (der Sündenbock) de Sigmar Polke, vitrail en verre coloré incrusté de tranches fines de tourmaline

J’avais proposé quatre artistes pour le jury. Selon moi, Sigmar Polke était idéal, pour son esprit, sa culture grandiose et son travail qui portait à la fois sur la matérialité et la transparence. Bice Curiger avait fait une exposition avec lui au Kunsthaus. J’ai donc eu l’occasion d’y emmener le jury afin qu’il puisse se familiariser avec son oeuvre; il fallait jouer de beaucoup de diplomatie, car Polke n’était pas un artiste qui travaillait en envoyant des plans, des budgets et des timing. 

Une fois que le jury l’a choisi, je lui ai promis de l’assister autant que possible. J’ai essayé de lui porter des agathes, de les ranger. On a fait beaucoup de visites, de déjeuners. C’était la confiance.  Pendant le travail pour Grossmunster, il est tombé très malade, et cela allait devenir sa dernière oeuvre.  

Sigmar Polke pendant le montage de ses vitraux incrustés d’agates et de tourmaline

Il ne pouvait plus tellement travailler avec ses mains. Il y avait cet homme merveilleux, le peintre verrier Urs Rickenbach. Avec lui on allait voir Polke à Cologne pour lui montrer les épreuves. Polke était tellement investi et convaincant, on comprenait l’urgence qu’il y avait.  Et puis les gens responsables de l’église  se demandaient comment payer tout cela. Je les rassurais en disant qu’il  fallait lui faire confiance. A la fin, il a tout donné, son travail, ses magnifiques agates, sa collection de tourmalines, il a payé les voyages en avion et les hôtels, car si l’église payait un certain nombre de pierres et le peintre verrier,  Polke savait que le budget était impossible.  Ce n’était pas un don à l’église mais plutôt un don au monde. 

Quelle serait ma définition de l’artiste ?

Ceux qui m’intéressent sont dotés d’une énorme énergie créative, ils sont totalement dévoués à ce qu’ils font, et ne laissent pas tant faire aux autres, ils manifestent une grande intensité de travail et d’intérêt pour tout. Ce sont aussi des personnages mystérieux qui vous surprennent toujours, ne sont pas toujours faciles à vivre mais sont tellement convaincants. Je pense que les artistes sont nés artistes et que cela étant posé, cela demande un énorme travail. Et cette énergie se transmet dans l’oeuvre. 

Ma définition du curateur- de la curatrice ?

Celui ou celle qui est capable de reconnaître cette énergie, de la percevoir, de l’aimer, et de l’accompagner à différents niveaux, de choses très matérielles jusqu’à l’écriture de textes. L’ objectivité, ou bien la recherche de ce qui il y a derrière l’oeuvre m’intéresse beaucoup, mais ce qui passe se passe entre l’oeuvre et moi, la relation directe est encore plus fascinante. Parce que la relation reste vivante, elle peut varier et se modifier. 

C’est une façon d’avoir une relation vivante avec le monde.

Pendant 33 ans Jacqueline Burckhardt, Bice Curiger et Dieter von Graffenfield ont travaillé ensemble pour Parkett. .

Comment je définirais la revue Parkett ?

C’était comme une Kunsthalle, un centre d’art, sur papier. Tout était soigné, avec des moyens financiers assez limités. Nous n’étions pas dans le glossy mais nous apportions un soin à tout, aux traductions, aux mises en page, avions à coeur d’avoir plusieurs points de vue, et non pas une seule politique, à rester ouverts au niveau des artistes et des écrivains invités, d’être sensibles. J’ai un énorme respect pour tout cela, pour tous les gens qui ont participé, tout était réfléchi et nous avons gardé notre indépendance pendant 33 ans malgré les difficultés financières. Sur cette période, nous avons invité 270 artistes à collaborer avec Parkett.

Parkett, choix de couvertures.

Et je ne me sens pas scout ou découvreuse de talents pour Parkett, comme je l’ai été en tant que membre de la commission Fédérale avec les 9 autres membres dont certains des artistes étaient aussi professeurs comme Sylvie Défraoui ou John Armleder. Pour sélectionner les artistes pour la revue, ce n’était pas à première vue, il fallait le temps de faire connaissance, de consolider l’intérêt . Cela peut être un coup de foudre mais il faut qu’il y ait une suite. 

Quels seraient mes conseils à un jeune artiste ?

Je suis un peu old-fashion mais je lui conseillerai de trouver l’indépendance, d’apprendre, de savoir, pas pour être immédiatement dans le marché. Je sais bien qu’il y a un énorme problème de reconnaissance. Je lui recommanderai de trouver les bons partenaires, pour discuter. Actuellement il y a une telle hâte, une telle nécessité, alors je lui dirai de trouver le temps de développer une culture interne personnelle. de se concentrer. C’est devenu tellement difficile aujourd’hui avec le monde digital, qui est formidable mais qui peut être un piège réel. Il y a aussi beaucoup d’artistes qui finalement ne le sont pas vraiment. Je leur conseillerai d’avoir le courage de faire autre chose. Soyez créatifs dans d’autres professions sinon après cela peut être tragique.

Mes projets ? 

Ils sont d’écrire, et à mon âge, à penser à faire de l’ordre. On a déjà dû faire cela avec Parkett, dont les archives sont maintenant à la Luma Fondation . Ce n’est pas si facile de ranger de manière intelligente et de trouver la bonne méthode. De faire le livre, cela m’a permis de faire de l’ordre et ainsi d’alléger. Pour le livre je ne voulais pas faire des mémoires mais plutôt réfléchir et synthétiser ce qui s’est passé. J’ai entière confiance en Juri Steiner qui, pendant notre conversation lors des confinements, m’a poussé dans mes retranchements (rires);  Je suis heureuse que vous l’ayez trouvé vivant et ayez pris du plaisir à le lire.

Pour en savoir plus, lire le passionnant livre « La mia commedia dell’arte, Jacqueline Burckhardt », avec un long entretien entre Juri Steiner et Jacqueline Burckhardt, une sélection de ses textes, et des participations de Laurie Anderson, Kurt Forster, Katharina Fritsch, Herbert Lachmayer, Pipilotti Rist, publié par Theres Abbt et Mirjam Fischer aux Editions Patrick Frey. On aimerait qu’il soit traduit de l’allemand. 

Entretien réalisé par Valentine Meyer le 9 Juillet 2022. Chaleureux remerciements à Jacqueline Burckhardt, Renata Burckhardt et Nicola Marian Taylor pour la traduction en anglais.

Expo 02 « Wer bin ich? »Yverdon Les Bains. 2002; Supervision des « Greenies » , médiateurs de du Pavillon « Qui suis je? » dont les costumes furent dessinés par les étudiant de la Haute Ecole de sArts de Bâle;

Jacqueline Burckhardt: La mia commedia dell’arte

It is an honor and pleasure to interview Jacqueline Burckhardt upon the recent publication of her compelling book of interviews « La mia commedia dell’arte » that she co-wrote with Juri Steiner (new director of Lausanne’s MCBA). I am particularly happy to speak with her, because she is one of my heroes and a reason why I went to Zurich to study curating.

Jacqueline Burckhardt is a Giulio Romano specialist, an art historian, and an art restorer with a diploma from the prestigious Istuto Centrale del Restauro of Rome. She is also a curator and, in 1984, she co-founded Parkett – together with Bice Curiger –  one of the best art magazines. The kind that makes you love art.

Parkett was published for 30 years up to 2014. It featured and collaborated with some of the greatest contemporary artists and writers: Meret Oppenheim, Sigmar Polke, Pipilotti Rist, Laurie Anderson, Joseph Beuys, Dan Graham, El Anatsui, to name but a few.

Jacqueline Burckhardt introduced a performance program at the Kunsthaus Zurich. She was the first person to create one in Switzerland. And, from 1998 to 2006, she was the president of the National Committee of the Arts in Switzerland. 

When Harald Szeeman died, she was appointed curator of the Novartis Campus where she created a site-specific sculpture park. Since 2008, she holds the directorship of the summer academy at Zentrum Paul Klee in Bern. Last but not least, her book also mentions the decisive role in the realization of Sigmar Polke’s stained glass windows (which are actually made of stone!) for the Grossmünster Church in Zurich.

My calling?

I lived in Rome when I was a child, and was always interested in Etruscan sculptures. The spirit of adventure. The archeological digs and finds. It all really fascinated me. I’d always carry a spade and box around with me. I even found a small medal once.

My mother would take me to museums to see mythology-themed statues. After studying archaeology during school holidays, I decided to join a British-American archaeological dig. I used a small brush there, making sure the boundaries between the strata, or layers, were well-defined. Upon my return, I met Paulo Cadorini, the Venetian restorer at the Kunstmuseum Basel. My time with him really broadened my knowledge of and fascination with historical periods. And so I went from archaeology to the restoration of antique works. 

You want to know how I went from being an art restorer to a contemporary art curator?

I never thought of it as working on historical material. It felt more like being a doctor, trying to reclaim artworks for the present and offer them a potential future. During my time at the restoration school in Rome I learned to appreciate each artwork’s dual historical nature. It was a precious insight, because there is no conflict between the present and the past. Italians have always known how to bring the past into the present. It’s 2500 fascinating years of  culture! This and Italy’s ability to continuously renew itself really makes me a fan of the country.
This approach gives artworks a whole other scale.

What do I think about the last Venice Biennale, curated by Cecilia Alemani? 

I really enjoyed her exhibition, especially the time capsules which, especially for Italians, is something that feels completely natural. That said, I was already fascinated when, for the 2011 Biennale, Bice Curiger started the contemporary exhibition with paintings by Tintoretto and Maurizio Cattelan’s pigeons. It’s so authentic and organic. I’m convinced that contemporary artists and the old masters would be delighted to meet each other. Through their art, we can let them do so.

Has the way I work changed? 

I think there’s consistency in what I do, due to the relationship I have with art, regardless of when it was created. I have come to recognize that a vibrant cultural humus, a fertile ground, comes from approaching cultural affairs in their entirety, as a Gesamtkunstwerk (total work of art), with rigorous discussions. 

What was my role in the conception and realization of Sigmar Polke’s “stained-glass” windows for the Grossmunster Church in Zurich? 

//Note: The German artist crafted seven windows in the nave from agate. The semi-precious stone was cut into very fine slices, making it translucent, and created colored and translucent walls of light. They are complemented by 5 figurative stained glass windows depicting characters from the Old Testament: the Son of Man,Elijah, David Isaac and Abraham,the Scapegoat. They lead to the birth of the baby Jesus and then to the stained glass windows of the choir, which were made by Augusto Giacometti in 1933. Polke didn’t want anyone to be able to date his windows, neither contemporary nor antique. One might say from time immemorial.//

I had suggested four artists to the jury. I felt Sigmar Polke was ideal as his work dealt with both materiality and translucency. And Bice Curiger had curated an exhibition of his work at the Kunsthaus. So I was given the opportunity to take the jury there and familiarize them with Polke’s work. This took a lot of diplomacy, because Polke was not the kind of artist who sent in plans, schedules, and budgets. 

After the jury selected him, I served as a bit of an assistant, attempting to carry agate stones for him and organize them. We held many viewings. Had many lunches. It was all about building trust. While working on Grossmunster, he became very ill, and it was sadly to be his final work. 

He couldn’t really work with his hands that much anymore. There was this wonderful man, the glass-painter Urs Rickenbach, the window maker on the project – with whom we went to see Polke in Cologne to show him the proofs. Polke was so dedicated and very persuasive, we understood how urgent it was. 

The people in charge at the church were wondering how to pay for all this. I assured them that they could trust him. In the end, he gave everything, his work, his beautiful agate stones, his collection of tourmalines. He even paid for the plane trips and the hotels, because while the church did pay for a number of stones and the glass-painter, Polke knew the budget was impossible. It was not a gift to the church but rather a gift to the world. 

How would I define what an artist is?

The artists who interest me have enormous creative energy; they’re completely devoted to what they do. And don’t leave much to others. They are extremely hard-working and interested in everything.

They are also mysterious people who always surprise you. They aren’t always easy to be with, yet so compelling.

I think artists are born artists. That being said, it takes hard work. And this energy is reflected in their work. 

My definition of a curator?

Someone who recognizes this energy, who senses it, loves it, and supports it on many levels, from very material aspects to written texts. 

I don’t think I care about objectivity. I try to understand what happens between a work and myself, not what happens in its shadows, i.e. what is new and what is repeated.

It is a way of maintaining a lively relationship with the world.

How would I describe Parkett magazine?

It was like a Kunsthalle (an art center) on paper. Everything was carefully done, with pretty limited financial means. We didn’t go for “glossy”, but we paid attention to everything: translations, formatting, and having several perspectives. We didn’t have just one policy, and were always open to guest artists and writers. We were sensitive too. I can say that I have enormous respect for all of it, for everyone who participated. Everything was meticulously considered, whilst we kept our independence for 33 years despite financial difficulties. Over this period, we invited 270 artists to collaborate for Parkett.

I really didn’t see myself as a talent scout for Parkett, which is what I was in the Federal Art Commission together with 9 other members, some of whom were also teachers, including Sylvie Défraoui and John Armleder. Selecting artists is not something that happens at first sight, never immediately. It takes time to build a relationship. It can be love at first sight but there has to be continuity. 

What advice would I give to a young artist?

I may be a bit old-fashioned but I would advise them to seek independence, to learn and gain knowledge rather than immediately becoming part of the market. I know that recognition is a huge issue. I would recommend they find the right people to talk to. There seems to be such a rush these days, such an urge, so I would tell them to make time to establish their private world and personal culture. Things have gotten tough in this digital world of ours, which can be great but is also a real trap. Then, there are many artists who, in the end, aren’t really artists. I’d suggest they have the courage to do something else. Be creative in other professions, or it can be tragic.

My projects?

Writing, and at my age, thinking about tidying up. We already had to do this with Parkett, which now has an archive at the Luma Foundation. It isn’t that easy to put things away intelligently and figure out the right way to do so. With the book, I was able to put things in order and thus lighten the load. I didn’t want to write a memoir but to instead reflect on and condense what happened. I have complete confidence in Juri Steiner who, in our conversation during the lockdowns, really set me a challenge (laughs); I am happy you found it lively and enjoyed reading it.

For more information, please read this exciting book « La mia commedia dell’arte, Jacqueline Burckhardt », with a conversation between Juri Steiner and Jacqueline Burckhardt. Five textual and visual inserts by Laurie Anderson, Kurt W. Forster, Katharina Fritsch, Herbert Lachmayer and Pipilotti Rist give us a sense of her ties to these artists and authors.

Interview by Valentine Meyer on July 9th 2022. Many thanks to Jacqueline Burckhardt, Renata Burckhardt, and Nicola Marian Taylor for this English translation (from French).

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